Dominique Goblet

par

Auteure rare par ses publications, Dominique Goblet sort d’une année 2010 faste, qui a vu la publication de deux ouvrages remarquables : Chronographie à L’Association, et Les Hommes-Loups au FRMK. Invitée du Festival de Bastia (dans le cadre d’une exposition autour du «livre impossible»), la rencontre fut l’occasion d’explorer avec elle (entre autres) son rapport au temps, à l’autobiographie, à la bande dessinée et à l’Art en général. Simplement, spontanément.

Xavier Guilbert Faire semblant c’est mentir et Chronographie sont deux livres qui sont inscrits dans une temporalité assez particulière, puisqu’il t’a fallu douze ans pour terminer le premier, et que le second est un projet qui existe dans la durée, sur une période de dix ans. Pourrais-tu nous résumer rapidement l’idée de ce projet au départ ?

Dominique Goblet C’était une proposition que j’avais faite à ma fille, Nikita, lorsqu’elle avait sept ans. Et comme beaucoup d’auteurs, j’ai commencé à dessiner mon enfant en m’interrogeant particulièrement en ce qui me concerne, sur la nature du lien mère-fille, et de ce qu’on appelle couramment «instinct maternel». Je me posais pas mal de questions, parce que ce fameux instinct maternel ne me paraissait pas du tout une évidence. Et j’ai pensé que peut-être, en dessinant mon enfant, en faisant le portrait d’elle, surtout dans des moments où, subitement, en la regardant, il m’arrivait d’éprouver de façon complètement inattendue, une sorte d’émotion très forte. Et donc, dans ces moments-là, je courrais chercher un carnet, et j’ai essayé plusieurs fois de faire son portrait, en essayant, non pas vraiment de rendre compte de ses traits, ou de l’idée de «mon petit enfant, ma jolie petite fille», mais plutôt d’essayer d’aller plonger à l’intérieur d’elle à travers ce que je ressentais tout d’un coup de si profond.
Et puis, finalement, cette démarche ne m’a pas satisfaite, parce que je n’arrivais malgré tout qu’à faire quelques petits portraits mignons de cette enfant, et à ce moment-là j’ai pensé que si je voulais rendre compte que cette chose éprouvée, et bien peut-être je devais me confronter à cette idée du lien et donc à son regard d’elle sur moi également. Et voilà, un jour je lui ai dit : «ce serait amusant qu’on imagine, régulièrement, de se dessiner l’une l’autre. Je ferais ton portrait une fois par semaine, tu ferais le mien, et on ferait ça sur dix ans. Qu’est-ce que tu en penses ?»
Alors bon, c’est assez amusant, parce qu’évidemment, c’est une pure abstraction — dix ans, même pour nous, c’est très abstrait. Ça ne représente pas grand-chose, on ne sait pas du tout ce que ça va donner, on ne sait surtout pas si ça va réussir. Probablement pas. Comment est-ce qu’on pourrait imaginer que l’on puisse se donner un rendez-vous hebdomadaire avec son enfant ? Oui, quand il est petit, c’est amusant parce que c’est comme un petit jeu, et on veut bien l’imaginer. Mais à treize, quatorze, quinze ans, ça devient évidemment autre chose. Et puis Nikita, de son côté, on en a parlé par la suite, quand je lui ai dit dix ans, pour elle, ça ne voulait strictement rien dire. Elle n’avait pas encore vécu cette durée-là. Et pour elle, dix ans, ça l’amenait jusqu’à ses dix-sept ans, elle serait vieille, à ce moment-là.
Mais j’ai choisi dix ans, parce qu’il m’a semblé que, grosso modo, on vivait plus ou moins cent ans, et que dix ans c’était un steak de vie, une petite tranche épaisse, et qu’en plus c’était probablement le rapport le plus démonstratif du rapport de changement : de passer de l’état d’enfant à adulte, et de voir comment on allait se faire face dans toutes ces notions de changement. Comment on allait traverser ça.

XG Le livre indique qu’il y a 273 sessions — mathématiquement, on est sur un rythme bi-hebdomadaire. Mais quand on regarde dans le détail, on voit qu’il y a des moments où il y a trois sessions sur la même journée, avec un certain enthousiasme au début. Et puis il y a d’autres moments, qui coïncident avec les vacances d’été ou les périodes de fêtes, où il y a des trous dans la régularité.

DG Il y a assez peu de trous. Il y en a, mais il y en a assez peu. Si à un moment elle n’était pas là, il y a un trou.

XG Quelle discipline cela demande, puisque vous êtes deux, d’être là et de prendre du temps ?

DG Au début, c’est un jeu, c’est un chouette rendez-vous, et effectivement c’est excitant. Parce que l’idée même d’accumuler une matière et de le faire avec son enfant dans un projet aussi simple que celui-là, et de voir très rapidement qu’un enfant, même tout petit, même je pense plus petit que sept ans, peut se prêter au jeu du portrait et en donnant très rapidement des résultats absolument incroyables. En fait, mon idée était donc d’essayer de parler du lien à travers, finalement, d’une sorte de récit, mais silencieux — puisque je n’allais pas spécialement utiliser les mots, même si il y en a de temps en temps qui sont apparus. Je voulais faire un travail sur le temps, et je me suis demandée où allait s’inscrire le rapport de temps : est-ce qu’il allait simplement s’inscrire dans l’épaisseur, l’accumulation des dessins qui allaient petit à petit former des strates, ou bien est-ce que ça allait être autre chose.
Et en fait, après quatre-cinq ans, j’ai tout d’un coup découvert un truc tout bête, c’est qu’en fait le temps ne s’inscrivait pas du tout pour Nikita comme pour moi, puisqu’en comparant les premiers dessins avec les derniers, et bien j’ai tout simplement remarqué que dans les dessins que Nikita faisait de moi, ses dessins avaient complètement évolué en un temps incroyable, alors que mon physique n’avait pas tellement changé. Et les dessins que je faisais de Nikita, mon style avait un peu changé mais pas tant que ça, mais par contre son physique avait totalement changé. Donc vous avez un long mouvement, comme ça, parallèle et contraire, dans l’interstice duquel on trouve le rapport au temps. Et c’est quelque chose qui m’est apparu, quelque chose de très beau.
Sinon, en terme de discipline et de jeu, au départ c’est un jeu, et très rapidement elle a réalisé que ça devenait une sorte de travail. Il y a une notion de discipline, mais ce n’est pas du tout une discipline comme il y en aurait à l’école, mais simplement, on devient motivé par l’objet, par l’accumulation des dessins, parce que ça devient un truc sérieux. Pour moi, c’est une évidence, pour elle, peut-être un peu moins, mais vraiment la chose est devenue motivante, parce que l’objet prenait forme. Tous les dessins étaient au fur et à mesure collés dans des carnets, donc on était déjà dans le rapport de livre — j’avais quand même le désir dès le début d’en faire un objet «livre», et non pas une accumulation de dessins. Ca devait vraiment être un livre que tu peux effeuiller, et dans lequel, finalement, la personne qui regarde allait elle aussi impliquer du temps.

XG Ca veut dire aussi que, comme il y avait cet objet livre, vous pouviez vous retourner — il y avait à la fois ton regard sur elle, son regard sur toi, mais aussi ensuite son regard d’elle sur la vision que tu avais d’elle à ce moment-là. On remarque aussi dans l’évolution du dessin de Nikita en particulier, qu’elle se nourrit beaucoup de ton approche graphique. Il y a presque un cercle vertueux, dans lequel elle va puiser dans ton univers pour aussi nourrir son regard sur toi.

DG Oui. J’ai pris le parti de ne pas corriger Nikita dans ses dessins. Je n’intervenais jamais en termes de professeur. Par contre, effectivement, il y a forcément un don, un don de soi et de choses que je connais, mais que je n’ai pas transmis par des exercices. Ce sont des choses qu’elle voit, qu’elle répète. Mais pour reprendre ce que tu viens de dire, il y a une chose qui s’est jouée et qui est importante, c’est que — j’avais peut-être un avantage technique sur elle, mais elle a eu un avantage absolument énorme sur moi. Il y a une seule chose sur laquelle j’ai vraiment insisté dès le départ, et peut-être c’est le seul conseil que je lui ai donné, c’est : «tu ne dois pas faire ressemblant. Tu dessines comme tu ressens. Tu dessines ce que tu vois, mais ce n’est pas grave si ça ne ressemble pas. Ce sera quand même fort, et beau.» Et donc, en fait, elle a évolué, et elle n’a jamais basculé, comme bien souvent on le fait vers l’âge de douze ans, dans une peur de mal faire — on devient crispé, parce que son dessin n’est pas ressemblant. Elle n’a jamais eu ce basculement.

XG Il y a une page, dans l’ensemble du livre, sur laquelle elle fait trois dessins de toi, sur lesquels elle écrit : «1, mal» —

DG «Raté».

XG Oui, c’est vrai — «raté», «raté», et le troisième «réussi». C’est la seule occurrence dans le livre, c’est la seule fois où c’est présent.

DG Oui, en même temps, c’est raté pour elle, mais pas forcément parce que c’est disproportionné ou autre, c’est simplement parce qu’elle n’aime pas le dessin. Mais ça, c’est vraiment un truc incroyable. Evidemment, ce qui est assez chouette, c’est qu’elle a continué à me dessiner, et parfois les dessins sont un peu durs, mes traits ne sont pas forcément enjolivés, et c’était très bien comme ça. Et par contre, moi de mon côté, c’était beaucoup plus difficile, parce que je partais avec ce présupposé-là, je ne suis jamais arrivée à me détacher tout-à-fait de cette notion que malgré tout, je dessine ma fille et que je veux que ce soit un beau dessin. Je devais tout le temps me forcer à, quelque part, regarder sa manière de faire, et parfois c’était même bloquant. Quand elle commençait et qu’en deux secondes, le dessin était là, sur la page, sans réfléchir, sans … c’était impressionnant. Et ce truc-là, je ne l’avais pas — donc moi, j’étais tout le temps en bataille.
Et je l’étais d’autant plus que, comme j’étais la locomotive de ce projet, j’avais toujours cette peur que si je la représentais moche, ou qu’elle ne se retrouvait pas dans l’image que je faisais d’elle, est-ce qu’elle allait vouloir continuer ? L’une des garanties pour poursuivre le travail était donc qu’elle aime aussi l’image que je faisais passer d’elle, et que si un jour on publiait le livre, ce ne soit pas des petits monstres. Mais ça nous a donné des avantages de part et d’autre : quelque part, on avait un équilibre dans les forces.

XG Ce qui est aussi très marquant, c’est à la fois la diversité des supports et des techniques — il y a par exemple une séance qui utilise du ruban adhésif, ce qui donne des choses assez saisissantes. Ça faisait partie de l’aspect ludique, ce choix ? Ça fonctionnait comment ?

DG Quelque part, c’est déjà un truc qui m’appartient. Je veux tout le temps varier les techniques, pour ne pas m’ennuyer. Il m’a semblé aussi que de jouer avec ces techniques régulièrement permettait sur un thème aussi — comment dire ? — répétitif et peut-être très barbant (parce que se retrouver, une fois par semaine, en face de sa mère à partir de quatorze-quinze ans — waouh, c’est chaud), c’est vrai qu’on oublie un peu quand on se retrouve avec des difficultés techniques, des jeux de découverte technique. On ne voit plus le sujet, on est dans le plaisir.
Et il y a une autre chose, c’est que forcément, au début, Nikita ne pouvait pas poser des heures et des heures, et donc les poses étaient très courtes et il fallait privilégier des techniques rapides, donc plutôt le trait. Puis on a introduit la couleur, la masse, les ombres, mais — ça, c’est devenu presque son domaine à elle. Après, on travaillait les techniques en fonction de si l’on avait une séance longue ou courte, selon le fait qu’on avait du temps devant nous ou pas.
Vers la fin du livre, vers la fin de notre projet, j’ai aussi proposé que l’on ouvre régulièrement des livres d’autres auteurs. Cela pouvait être des très vieux peintres, ou des artistes contemporains, et que l’on évoque chaque fois le nom de la personne. Parce que je me suis rendu compte qu’après un temps, lorsque l’on dessine toujours le même sujet, on n’arrive plus tout à fait à voir correctement : on dessine la représentation de notre propre représentation. C’est-à-dire que l’on dessine comme on connaît que l’autre est, on ne dessine plus vraiment l’autre. Et donc pour briser nos propres mémoires et systèmes, en ouvrant un livre d’un autre auteur, ça crée un court-circuit sur ces automatismes.

XG Il y a Frida Khalo à un moment, ATAK, Van Eyck est mentionné… Il y a aussi un côté ludique, surtout au début, dans le choix de poses qui sont similaires. C’était voulu ? Vous dessiniez en décalé, ou en même temps ?

DG L’une pose, l’autre dessine. Et vice-versa. Et d’ailleurs, vraiment, le fait de poser pour l’autre était très important, peut-être plus que de dessiner. Parce que donner son image — les fois où, par exemple, on n’était pas très concentrées, où on avait envie de papoter, il y avait un truc qui ne marchait pas. Pour arriver à bien dessiner l’autre, il faut que l’autre soit vraiment dans le rapport de don de son image. C’est très compliqué.

XG Donc, pour toi qui étais généralement du fait de ton travail, de te retrouver en tant que modèle, ça changeait quelque chose ? C’était intéressant, curieux ?

DG Ce qui est curieux, c’est symboliquement ce que ça devient dans ce travail. Au début, c’est un travail un peu technique, on apprend le volume, le visage, etc. Après, ça devient symboliquement vraiment un face-à-face, on raconte notre histoire en traversant le temps, en traversant les poses qu’on donne à l’autre. C’est raconter une histoire mère-fille avec tous les silences lourds (ou pas) que cela contient.

XG Par rapport au lien, dans la postface de Chronographie, tu parles du «mythe du lien mère-fille». Une chose qui est assez frappante dans les dernières pages, c’est que l’on a parfois du mal à savoir qui est qui. D’une certaine manière, dans cette trace, la question de la filiation devient visible, puisqu’il y a une ressemblance qui apparaît — à part le fait que Nikita est blonde, et que tu es brune. C’est le seul repère, parfois — vous vous rejoignez.

DG En fait, on ne s’en est pas rendu compte. Parce que pour nous, les dessins sont très différents, on reconnaît très bien le style de chacune. Mais effectivement, je me suis rendu compte que pour les gens qui regardent cet écoulement de portraits, à un moment il y a une forme de mimétisme et peut-être même de fusion, qui est étrange.

XG Pour prolonger cela, une fois que le livre existe, il y a un après. Chronographie a été sélectionné au Festival d’Angoulême, je vous y ai vues, Nikita était là, et était aussi interrogée. D’une certaine manière, la fille est allée un peu investir l’univers de la mère. Comment avez-vous vécu cette étape un peu particulière de la prolongation du projet ?

DG C’était un travail qu’il faut prendre simplement comme une expérience. Si toutes les semaines, on était allées se promener dans les bois, ramasser des choses et en faire des conserves, on ne se poserait pas ce type de question, et pourtant c’est un peu la même chose. En fait, on a traversé une expérience ensemble, et je lui ai fait partager quelque chose que je connais, et en ce sens-là, c’est une histoire d’amour. Mais dans le fond, ça n’a pas forcément plus de sens que ça. Je crois qu’elle en a pris quelque chose qui, pour le moment, est en hibernation d’une certaine manière, puisque cela ne lui a pas spécialement donné le déclic pour devenir dessinatrice. Elle est comme bien des enfants, elle n’a pas du tout envie de suivre ma voie. Pour le moment, mais je ne sais pas encore comment ce travail, ou cet exercice ou ces rencontres, ont imprimé quelque chose. Je pense qu’il faudra dix ans pour que je puisse répondre à cette question. Mais pour le moment, on l’a fait, c’était chouette — mais c’est bouclé, et c’est fini.

XG Une chose qui est étonnant pour Chronographie, c’est qu’il ait terminé dans la Sélection Officielle d’un festival de bande dessinée, alors que le récit est une trace de vie — c’est finalement ce que le lecteur veut bien y voir. En cela, ça m’a fait penser aux Hommes-Loups, qui est beaucoup dans le dessin, et dans lequel quelque chose se construit, mais loin du langage habituel de la bande dessinée. Qu’est-ce qui t’intéresse dans cette approche-là ?

DG Ca m’a fait plaisir que ces livres soient sélectionnés — je ne m’attendais pas à un prix, et je ne l’ai pas eu, et c’est bien normal. C’est pas une question de qualité, mais effectivement le festival de bande dessinée qui sélectionne un livre comme celui-là, c’est tout-à-fait étonnant. Mais en fait, et on le voit bien dans des festivals comme celui-ci, combien le paysage de la bande dessinée est en train d’évoluer. Il est resté longtemps cloisonné sur des codes très précis, alors que la peinture avait complètement tous les codes possibles et visité toutes les limites. La bande dessinée était resté très refermée sur ses codes, et tout d’un coup, maintenant, ça explose, et je trouve ça génial de voir qu’il y a toujours des récits classiques, comme il y a toujours de la musique plus classique, et l’un n’empêche pas l’autre.
Mais c’est bien que ce ne soit pas que classique, et qu’il y ait aussi cet autre aspect des choses. Je suis très contente quand un livre comme celui-là est sélectionné dans un festival de bande dessinée, parce que simplement ça montre qu’aujourd’hui, on est prêt à entendre que la bande dessinée puisse avoir des frontières très souples, et qu’un récit séquentiel, ça peut être beaucoup de choses. Donc si ça peut ouvrir des portes, c’est très bien.
Maintenant, est-ce que je considère que ce livre est de la bande dessinée, mon questionnement n’est pas là. Pour moi, c’est un travail artistique, mais ce n’est pas de la bande dessinée. Du reste, je préférerais voir ce livre-là — curieusement, parallèlement à ça, ce livre est souvent montré dans la section bande dessinée des librairies. C’est tout-à-fait bizarre pour moi : ça veut dire que le public qui ne connaît pas mon travail et qui va découvrir les livres des beaux-arts, il ne peut pas voir ce livre-là. C’est à double-tranchant. Comme je suis connue comme auteur de bande dessinée, on cantonne ce livre dans les rayons bande dessinée, et ça c’est le pendant un peu bizarre.

XG De toute façon, c’est aussi l’ambiguïté du FRMK et leur difficulté, c’est d’avoir des livres qui sont à la frontière entre l’art contemporain et la bande dessinée.

DG Ou alors, il y a encore un manque de tables — il y a des nouvelles tables à créer. Ce n’est peut-être pas, soit de la bande dessinée, soit des arts plastiques. Ça devrait maintenant pouvoir se fondre.

XG Par rapport aux deux autres livres que sont Faire semblant c’est mentir et Souvenir d’une journée parfaite, Chronographie est peut-être le livre dans lequel il y a un rapport direct avec l’autobiographie. Dans les deux autres, il y a, peut-être pas vraiment une méfiance, mais du moins une volonté de désamorcer l’autobiographie. Ainsi, à la fin de Souvenir d’une journée parfaite, il y a des indications de références à ta vie, alors que l’on parle d’évènements fictionnels. Et dans Faire semblant c’est mentir, il y a d’une part la mention que certains chapitres ont été co-écrits avec Guy-Marc Hinant, qui est lui-même un personnage du récit, et qui signe une postface dans laquelle il précise que le livre parle finalement «d’avatars contrôlés par des personnes vivantes portant des noms similaires». Donc une forme de distanciation, alors que l’autobiographie a été longtemps le fer de lance du développement d’une certaine bande dessinée alternative.

DG Dans Souvenir d’une journée parfaite, je raconte en fait un double récit. Je cherche le nom de mon père dans un cimetière. Il a été incinéré, et j’essaye de trouver son nom. Et je ne raconte rien de plus que ça : je lis à voix haute des centaines de noms, et j’espère trouver le nom de mon père. J’ai un petit pot de fleurs, c’est la Fête des Pères, mon père est décédé depuis un an, et je voudrais bien poser ces fleurs devant le nom de mon père. Mais finalement la cloche du cimetière sonne, je dois sortir. Je sais que je ne l’ai pas retrouvé, je décide d’aller mettre ces fleurs sur la pelouse, là où je sais que ses cendres sont tombées, mais une femme m’arrête en me disant : «on ne peut pas marcher sur la pelouse». Donc je mets le pot devant un nom au hasard. Ça, c’est la partie autobiographique de ce livre. Autant dire que je ne vous ai strictement rien raconté, si ce n’est que mon père est mort.
A côté de ça, en lisant ces noms, je tombe — quand on lit des noms comme ça dans un cimetière, immanquablement, on s’arrête sur certains noms. Peut-être un nom d’enfant, on voit une date, ou un nom qui nous frappe. En l’occurrence, il y avait un type dans ce cimetière qui s’appelait Jules César, ce qui, aujourd’hui, ne doit pas être évident à porter. Et puis je m’arrête sur le nom de Mathias Khan, et immanquablement, je me mets à imaginer sa vie. Et quand on imagine la vie d’un personnage, surtout si l’on ne dispose d’aucune documentation, on projette ses propres expériences. Et donc je rentre dans le récit de ce personnage, que j’imagine apprendre une mort à venir très courte. Il lui reste un temps très bref de vie, et j’imagine ce qu’il a pu vivre. Il était avec une maîtresse, les derniers instants, etc.
Et en fin de compte, dans cette partie qui est soit-disant fictionnelle, je raconte tout un tas de choses qui m’appartiennent totalement. La partie où l’on croit lire de la fiction est devenue en fait finalement le contraire : c’est là-dedans que je me raconte le plus, alors que dans la partie que je propose comme autobiographique, je ne vous raconte rien. Je trouvais intéressant de réfléchir sur le sens et le rôle de ce qu’est l’autobiographie en bande dessinée, ce qu’est la fiction, et d’opérer un glissement entre les deux.

Par contre, dans Faire semblant c’est mentir, c’est tout-à-fait différent. Je voulais vraiment raconter quelque chose qui m’était personnel et que je traînais derrière moi depuis très longtemps. Et c’est une chose assez particulière, puisque c’est l’évocation de violences subies dans mon enfance. Cette violence, quand je dis que je la traînais vraiment avec moi, ce n’est pas un vain mot. En fait, jusqu’au moment où j’en ai fait un livre, assez bizarrement, chaque fois que je rencontrais quelqu’un, je lui mettais le grappin dessus, et il fallait que je lui balance — dans les cinq minutes, il connaissait mes pires cauchemars de ma vie. C’était vraiment bizarre, c’était plus fort que moi : je ne pouvais pas m’empêcher de parler de ça. C’était très gênant pour les gens, chaque fois que je racontais je me sentais mal de faire ça.
Je me suis alors dit qu’il faudrait peut-être le mettre à distance, et à un moment trouver le moyen d’en faire quelque chose. C’est donc quand même extrêmement autobiographique, sauf qu’à un moment, cela se transforme en matériau et s’opère alors une mise à distance. Les gens disent souvent que cela doit être comme une thérapie — je ne pense pas que ce soit comme un thérapie, parce que le cheminement est très différent. Pas contre, il y a une vraie mise à distance, et à un moment des choses affreuses peuvent devenir sublimes. Il y a comme un basculement total, et une fois que l’on a trouvé ces choses sublimes, elles sont hors de nous. Et je n’ai plus du tout besoin de parler de ça. Et je pense que je ne ferai plus jamais d’autobiographie, en tout cas pas de façon directe. Ce n’est pas seulement un livre que j’ai fait, c’est tourner une page.

XG Chronologiquement, Souvenir d’une journée parfaite s’inscrit au cours de la réalisation de Faire semblant c’est mentir, c’est une sorte de parenthèse. Il y aurait donc une sorte de grand projet autobiographique, d’une certaine manière, avec le besoin de parler à ce moment-là ?

DG Hm, je crois que peut-être, cette histoire qui m’a rongée pendant des années a fait qu’aujourd’hui, mes intérêts les plus forts restent les histoires de famille, d’amour, le lien — le lien. En fait, je pense que ce dont je parle dans tous mes livres, c’est le lien. Pour revenir à Faire semblant c’est mentir, il y a une chose que j’ai découverte en faisant ce livre : quel bonheur nous avons, nous auteurs — j’entendais Benoît Jacques tout-à-l’heure qui parlait aussi de son livre L, qui était aussi une façon de traduire en matériau un moment très mouvementé de sa vie. On a la chance vraiment d’avoir cet outil extraordinaire qu’est l’Art pour traduire, pour faire sortir des choses de soi. Et en fin de compte, ce qui est très intéressant, c’est quand on travaille l’autobiographie, d’arriver à ne plus vraiment se raconter soi. C’est-à-dire, ne plus raconter l’anecdote, mais se mettre à parler du lien.
En fait, ce livre, j’en avais fait une première version, j’avais donc terminé le bouquin. J’avais quand même travaillé dessus pendant plus de dix ans, comme tu l’as rappelé, et hop, je montre la première version à JC Menu, mon éditeur de L’Association. Il le lit, et il me dit : «Dom, je suis un peu embêté, parce que pour te dire la vérité, en lisant ton livre, et en particulier le chapitre trois, qui raconte les trucs les plus durs, je n’ai pas éprouvé grand-chose. Alors peut-être c’est ce que tu as voulu, tu as mis à distance. Mais si ce n’est pas ce que tu as voulu, il faut que tu entendes ça.» Et moi, dans un premier temps : «Bien sûr, c’est ce que j’ai voulu, qu’est-ce que tu crois ? Mise à distance, c’est comme ça, etc.» Mais dans les jours qui suivent, je me suis dit : «ben non, j’ai foiré. J’ai foiré. Je vais tout recommencer, je vais recommencer ce chapitre trois.»
Et là, je me suis demandée comment j’allais pouvoir aller plus loin. Et j’ai compris qu’en fait, il ne fallait pas raconter nos histoires, il fallait raconter le lien que tu as avec les gens au travers de ces histoires. Et donc, j’ai commencé à penser à ce lien à ma mère — ce lien à ma mère qui est assez particulier, puisque ces histoires de violence sont surtout en relation avec elle. Et qu’est-ce qui se passe dans ce lien ? C’est que ma mère m’a fait vivre ces violences, oui, peut-être, mais ce qu’il y a de particulier, c’est que je l’aimais profondément. Très profondément. Et je me suis rendu compte que finalement, c’était ça le défi : de raconter quelque chose de super violent, mais de vous faire comprendre que malgré cette violence, j’aimais ma mère au-delà de tout. Et mieux encore, arriver à vous faire aimer ma mère — à faire que vous ayez de l’empathie pour ma mère ; que vous ne vous disiez pas en lisant ce livre : «Ah oui, elle, c’est le monstre, ça c’est la gentille petite fille, et ça c’est le méchant papa, lâche et con.» Et d’arriver finalement de nouveau à sortir de ce qu’on fait dans la bande dessinée en général : on a des personnages hyper monolithiques.
Ce qui est très beau dans la vie, c’est que personne parmi nous n’est monolithique. On est tous capable de faire les pires crasses, on est tous capable d’abandonner une personne qui va en crever pendant un an, on est capable de tromper, on est peut-être même capable de racisme, capable de dénoncer. Peut-être que l’on n’est pas capable de sauter dans l’incendie quand nos enfants brûlent dans la maison. Tout cela, ce sont des fausses idées.

Je me suis demandée, par exemple, comment j’allais faire pour raconter ma mère, comment faire pour arriver à vous faire aimer ma mère, qu’est-ce qui faisait que j’aimais tant ma mère. Une des choses qui a fait que j’aimais autant ma mère, c’est qu’elle donnait du temps. Ah, on retrouve de nouveau la notion de temps. Elle nous a donné beaucoup de temps en faisant des choses gratuites, qui étaient par exemple, jouer. Je me suis dit : «ah, ça c’est intéressant, donc on pourrait imaginer qu’il y a la punition, super grave, super imagée. La punition s’arrête, ma mère revient, elle me console un peu, et elle me propose un jeu.» Est-ce que je me souviens que l’on a joué à un jeu juste après la punition ? Bien sûr que non. Mais ces deux choses-là sont la vérité, et peut-être qu’en les mettant ensemble, je vais vous raconter quelque chose d’une vérité encore plus forte.
Donc je passe en revue les jeux auxquels je jouais avec ma mère — donc il y avait le jeu de l’Oie, les dames, etc. Et tout d’un coup, je repense à l’un des jeux auxquels on jouait tout le temps, jusqu’à très tard. Et là, je me dis : «wow. La punition, ma mère arrête la punition, elle me console, elle me propose un jeu, quel jeu ? ne t’en fais pas.» [émue] Mais vraiment, c’est incroyable. Je n’ai forcément pas fait le lien entre ce jeu et … mais au moment où je passe ces jeux en revue, de me dire : la punition s’arrête, et elle me propose un jeu qui s’appelle «ne t’en fais pas»… Pour moi, ce jeu, en fait, il n’avait plus de nom, c’est comme si c’était «bakashnik», ça ne signifiait plus rien. Je n’ai retrouvé la signification de ce jeu qu’en créant cette histoire.

Pour parler de mon père, c’est un peu la même chose. J’aurais pu simplement vous montrer mon père qui n’intervenait pas durant les punitions, et qui laissait les violences se commettre sous ses yeux. Cela aurait fait de mon père un type lâche et con, et vous auriez tous pu dire : «ah, la pauvre petite enfant, la mère méchante, le père démissionnaire». Comment ai-je pu faire pour rendre compte que mon père n’était pas juste ça ? D’abord, je me suis demandée qui était mon père. Et étonnamment, mon père était pompier : il passait ses journées à sauver des gens. Et alors ça, ça devient plus intéressant, et plus paradoxal, parce qu’il passe sa journée à sauver des gens, et chez lui, il loupe son sauvetage. Ça se passe sous ses yeux, et il ne voit rien. C’est déjà très beau — en soi, ça se suffit à lui-même, ça fait déjà une histoire extrêmement forte.
Alors, je vais essayer de trouver comment je vais mettre mon père en jeu, et arriver peut-être à ce que vous l’aimiez, bien qu’il n’intervienne pas. Qu’est-ce qui fait que mon père n’a pas pu voir qu’il devrait intervenir ? Qu’est-ce qui aurait pu se passer ? Un truc qui est vrai, c’est que mon père regardait les grands prix de Formule 1 le dimanche. Comme contexte d’ennui, on ne peut pas trouver mieux : vous avez le bruit des bagnoles, et ça dure deux heures comme ça. Ça me paraissait dingue de pouvoir regarder, pendant deux heures, des bagnoles qui tournent.
Alors, j’imagine que peut-être, il y a une dispute qui a éclaté, que ma mère a pété un câble, m’a gueulé dessus, m’a attrapée par les cheveux et on est parties au grenier. Elle gueule, et donc, mon père se lève, évidemment, pour intervenir : «ça ne va pas se passer comme ça, qu’est-ce qui se passe ?» Il veut intervenir, mais qu’est-ce qui a bien pu se passer pour qu’il n’intervienne pas ? Evidemment, un accident. Un accident se produit. Je fais une recherche sur Internet. Est-ce que je me souviens qu’il y a eu cet accident, est-ce que je me souviens qu’il regardait alors la Formule 1, bien sûr que non. Il en a regardé, mais les choses ne sont pas liées entre elles.
Je fais une recherche sur Internet, et je tombe sur cet accident qui peut correspondre à cette période-là. Il y a une voiture qui se retourne — c’est un film superbe, une voiture se retourne, une autre voiture s’arrête, le type traverse la piste alors que les bagnoles continuent de passer à toute allure, c’est très dangereux. Et seul, devant tous les responsables de la sécurité, ce coureur essaye de retourner la voiture en feu à mains nues, et la voiture flambe, et il loupe le sauvetage. Et donc, je me dis : ça, c’est quand même incroyable, c’est l’histoire d’un type qui essaie de sortir un autre type d’une voiture en feu, et il loupe son sauvetage comme mon père est en train de louper son sauvetage. Je demande alors à mon copain d’écrire un texte journalistique qui pourrait être produit : «mais que se passe-t-il ? une voiture se retourne, et un autre coureur, oubliant toute prudence, etc.»
J’avais déjà mon découpage : je savais que mon père devait se lever, intervenir, puis il allait se retourner parce qu’il entend qu’il se passe une catastrophe, il se retourne, à ce moment-là ma mère passe avec moi, ça gueule, mais — il est trop attiré, il se rassied. Et le commentaire que mon copain écrit, c’est : (lisant) «Williamson, c’est la voiture de Roger Williamson qui vient de se retourner… mais voilà qu’un pilote oubliant toute prudence traverse la piste …» Mon père se retourne. Je gueule, ma mère gueule. «… et vole à son secours». Et donc, au moment où je fais mon découpage, le moment où mon père se rassied, le texte qui tombe je ne sais pas encore où, c’est «… et vole à son secours» — et mon père se rassoit.
Eh bien voilà. En fait, l’autobiographie (ou peut-être la fiction, c’est la même chose) en bande dessinée, ce qui a été pour moi une révélation dans ce livre autobiographique, c’est la mise en distance à travers, non pas l’anecdote que vous racontez, mais les liens que vous faites entre deux choses qui sont vraies et que vous mettez ensemble dans un rapport de séquence. Je pense que l’autobiographie en bande dessinée n’existe pas, parce que tout n’est qu’un grand patchwork, et donc on doit prendre des morceaux et les coudre ensemble. Mais si on arrive à faire de belles coutures, alors la couverture tiendra vraiment chaud, et ce sera du solide.

XG Tu ne voulais plus faire d’autobiographie…

DG Oui, et pourtant, comme tu le dis, j’ai fait ce livre Chronographie qui est sans doute le travail le plus autobiographique, précisément parce qu’il ne tient compte d’aucune anecdote, mais du lien. En fait, ce n’est que de la couture. Ce livre, c’est une couture. Toutes les coutures.

XG Et pour la suite, tu prévois de t’embarquer dans d’autres projets sur dix ans, quinze ans ? Comment envisages-tu la suite désormais ?

DG Je ne sais pas si c’est ce matin que j’en discutais avec Edmond Baudoin, mais il y a une chose qui est très belle et qu’il est possible de vivre avec ces éditeurs indépendants, c’est un rapport au temps. Et moi je trouve ça vraiment extraordinaire de pouvoir s’impliquer dans des travaux dans lesquels le temps joue un rôle. Et c’est aussi pour moi une façon de lutter sur un des codes liés à la bande dessinée plus commerciale, c’est de ne pas être obligée de produire quatre albums par ans, et d’avoir la possibilité, s’il le faut, si c’est nécessaire (ce n’est pas forcément de la paresse) de prendre un vrai temps. Et presque, de rejouer un rôle d’enluminure.
Les prochains projets, je ne sais pas si ils prendront dix ans, mais si c’est nécessaire, ils prendront dix ans.

Un monsieur dans la salle Vous êtes publiée aussi bien par l’Association que par le FRMK, et par rapport à ce dernier, je voudrais savoir quelle est votre conception de l’Art en général, et de l’Art Contemporain en particulier, par rapport à la difficulté qu’il y a notamment à classer votre oeuvre. Par ailleurs, si l’on prend votre dernier ouvrage, qui est une accumulation de portraits, et si l’on considère votre premier, Portraits crachés, qui est aussi une accumulation mais que vous n’avez pas voulue — c’est une accumulation qui a été faite par des gens qui travaillaient avec vous dans un atelier qui précédait FRMK. On peut également y rapprocher Souvenir d’une journée parfaite, dans laquelle il y a les listes de personnes décédées, encore une accumulation. Cette notion d’accumulation enrichit-elle votre travail, comme ce peut être le cas en littérature pour George Pérec ?

DG Ce n’est pas une question que vous posez, c’est dix — et elles sont magnifiques. Je vais essayer de répondre simplement, parce que je ne suis pas aussi précise que vous. En ce qui me concerne, ce qui m’intéresse, c’est de jouer avec les frontières de la bande dessinée. Depuis toujours, j’ai mis un pied à gauche, un pied à droite, je me sens plasticienne autant qu’auteur de bande dessinée. Aujourd’hui, j’ai trouvé le moyen de rejoindre mes deux pieds, parce que je sais que ce qui m’intéresse, c’est de raconter. Ça, c’est fait.

Maintenant, par exemple, quand je fais des expositions ou que j’imagine un travail à exposer, je voudrais réfléchir à comment on peut utiliser l’espace mur pour raconter des choses. J’ai ainsi une idée de projet qui consisterait à travailler avec des pièces découpées et aimantées, que le public pourrait intervertir et déplacer, de manière à changer la narration.
Je pense que nous vivons une époque extraordinaire pour la bande dessinée, parce que tout est possible. Et j’ai le sentiment que l’Art Contemporain, ou ce que l’on voit et qui est considéré aujourd’hui comme de l’Art Contemporain n’a pas cette richesse-là, parce que extraordinairement attaché aux problématiques du commerce. Et en bande dessinée, il y a beaucoup de choses possibles, parce que tout n’est pas rattaché au commerce. De plus, nous sommes dans une ère où la bande dessinée a mis longtemps à chipoter avec ses propres codes, et aujourd’hui, tout cela explose.
Enfin, pour votre question sur les listes et les séries, oui, c’est sans doute un rapport inconsciemment obsessionnel chez moi. (rire) Mais ça, c’est très inconscient. C’est très bien d’avoir fait le rapport entre Chronographie et Portraits crachés. Parce que soi-même, on ne fait pas les liens, et c’est génial d’échanger avec les gens comme ça.

[Entretien réalisé en public durant le festival « BD à Bastia », le 2 avril 2011]

Entretien par en juillet 2011

Les plus lus

Les plus commentés