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Paroles d’illettrisme

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Longtemps, la neuvième chose a été considérée comme un domaine s’adressant aux enfants, permettant à ceux qui littéralement ne possèdent pas la parole, de la leur montrer dans une forme palpable, d’en faire le lien avec l’écrit et de les familiariser avec le déchiffrement de ce dernier.
Comme le titre le laisse entendre, on est moins illettré que dans l’illettrisme, dans une sorte d’enfance qui dure, non pas dans sa curiosité insatiable mais dans la confrontation, la demande, voire l’imploration de plus grand que soi dans la connaissance, de ceux qui peuvent lire les signes du monde actuel dans leurs accords et leurs combinaisons. Certains n’ont pas de lettres, eux, ces huit, ne savent même pas les distinguer. Ils sont dans une fuite totale et permanente, une course évitant, biaisant, enfermés dans un temps sans la pause de la parole ou de la pensée inscrite, écrite, fondatrice d’une mémoire libérée.

De ces paroles données, la bande dessinée joue ici, avant tout et classiquement, son rôle d’éclaireur des signifiés par les images. Celles-ci sont dans ce langage universel semblant toucher aux origines de toute expressivité, d’une trace apparaissant sans conventions, où l’habilité de l’acte, le décalage analogique, font toute la valeur relative du dessin et sa puissance de vision.

Au-delà d’un livre qui évoque avec attention et honnêteté les circonstances qui amènent à l’illettrisme, et les situations/malheurs qu’il provoque, il confirme la neuvième chose comme une aide à la lecture[1], ainsi que son appartenance à l’écriture même quand elle s’abstrait de tout texte, donnant aux auteurs le rôle ou métier d’écrivains/dessinateurs publics. Autre forme de littérature, elle dévoile aussi, jusqu’au titre même, cette parole qu’elle a su inscrire sur un souffle vif et chaud confronté à un contexte glacé, sur/dans ces bulles cernant et matérialisant les signifiants sonores dans leur fragilité.
En cela, peut-être, la bande dessinée se distinguerait d’autres formes de témoignages, écrits, filmés, en s’accordant à cette parole, cherchant moins à la recueillir qu’à la montrer dans sa vitalité et sa vivacité. Si la série des « Paroles de » existe depuis bien longtemps grâce à l’association BD Boum sise à Blois, cet abord de l’illettrisme en 2007-2008, résonne plus particulièrement avec l’histoire d’une forme d’expression, son accès universel supposé et son ancrage profond dans le dialogue.

Notes

  1. Qui ici ce double d’une lecture de soi.
Chroniqué par en septembre 2015

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