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The Dark Horse Book of…

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Quand Dark Horse se lance en 2003 dans une anthologie thématique d’horreur, forts d’une expérience récompensée dans ces deux domaines, ils n’ont aucun mal à aligner au sommaire des auteurs aussi divers qu’expérimentés. Et en premier lieu Mike Mignola, qui offre son unique histoire de Hellboy de l’année pour le premier volume, The Dark Horse Book of Hauntings. Prévue initialement en trois parties, la série (annuelle) comptera finalement quatre volumes, dédiés tour à tour aux maisons hantées (… Hauntings), à la sorcellerie (The Dark Horse Book of Witchcraft), aux morts-vivants (The Dark Horse Book of The Dead) et pour finir aux monstres (The Dark Horse Book of Monsters).

L’«horreur» présente dans cette anthologie correspond à une définition délicieusement datée, Scott Allie, l’éditeur (et également scénariste participant) de la série, se réclamant ouvertement d’auteurs comme Lovecraft, Burrough ou Howard et des revues qui les ont accueillis et rendus célèbres, telles Weird Tales ou Tales From The Crypt. Au point d’inclure dans chaque volume une nouvelle (illustrée) d’un écrivain du genre.[1]
Rien d’étonnant donc à retrouver des contributions qui touchent surtout au fantastique et à l’étrange, loin des productions modernes (surtout cinématographiques) pleines d’hémoglobine et d’émotions affolées. Les Dark Horse Book of… doivent surtout beaucoup aux magazines pulps, eux (notamment Weird Tales) qui ont popularisé cette «horreur», née de la littérature fantastique et du roman gothique au début du vingtième siècle. Et même si son âge d’or est passé, elle perdure encore dans le catalogue de Dark Horse, en premier lieu dans les productions de Mike Mignola avec ses influences lovecraftiennes (entre autres) plus qu’évidentes et revendiquées.

Même avec une conception commune de l’«horreur», les contributions sont suffisamment variées pour ne pas être répétitives. La réelle diversité des auteurs participants[2] se retrouve d’abord dans les approches graphiques : le trait et les aplats noirs si reconnaissables de Mignola côtoient les splendides aquarelles de Jill Thompson, le dessin plus «cartoon» de Langridge, les collages pastels de Scott Morse, le réalisme de Paul Chadwick, le style «golden age» de Keith Gieffen ou les illustrations très gravures 19e siècle de Gary Gianni…
Et même si une partie des contributions se révèlent assez classiques, dans leur scénario et/ou de la part de leur(s) auteur(s),[3] elles réservent de vraies surprises et font preuve d’une appréciable variété de traitements dans la narration, le ton, le rythme et/ou la longueur. On trouve ainsi des histoires à chute comme This Small Favor de Allie, Lee et Horton ou The Hungry Ghosts de Jones où respectivement les exorcisés et les mort-vivants ne sont pas ceux qu’on croit. Certains auteurs prennent des libertés avec le thème comme Uli Oesterle parlant plus de malédiction que de fantôme, Tony Millionnaire mettant en image les sorcières de Macbeth, ou Busieck évoquant plus le remplacement des héros de pulps par les superhéros que les monstres. On trouvera même de l’exotisme (le Japon médiéval de Kago no Tori par Jamie S. Rich et Guy Davis, la société parallèle des chiens domestiques de Dorkin et Thompson…) voire de l’humour (Death Boy de Fingerman et Langridge et son héros doté du Toucher de la Mort…).

Ce quartet d’anthologies se révèle donc une lecture tout à fait divertissante, et une agréable plongée dans un «fantastique horrifique» délicieusement suranné. C’est aussi l’occasion de retrouver les productions d’auteurs expérimentés, parfois dans des registres originaux de leur part. Une vraie réussite du genre donc.
Et quant aux lecteurs qui en voudraient plus, ils pourront ensuite s’attaquer aux archives d’EC Comics (Weird Science, Tales From The Crypt…) qui commencent à paraître chez Gemstone Publishing.

Notes

  1. Les quatre auteurs choisis, dont la présence est fort appréciable et originale (dans une anthologie de bande dessinée), étant dans l’ordre : Perceval Landon, Clark Ashton Smith, Robert E. Howard et William Hope Hodgson.
  2. Sur une moyenne de huit histoires par volume, trois sont réalisées par des auteurs récurrents. Ainsi Mignola (et donc Hellboy), le duo Evan Dorkin et Jill Thompson (et leur groupe de chien humanisés), plus le trio Allie, Lee et Horton (The Devil’s Footprints) fournissent une contribution pour chaque tome. De plus Gary Gianni (Prince Valiant…) assure les illustrations (couvertures et nouvelles) de toute la série.
    Pour le reste des contributeurs (en plus des quatre écrivains déjà évoqués), on pourra citer Paul Chadwick (Concrete…), Uli Oesterle (Hector Humbra), Tony Millionnaire (Sock Monkey…), Scott Morse, Eric Powell (The Goon…), Guy Davis (B.PR.D.…), Kurt Busiesk, Jamie S. Rich…
  3. Ce qui ne les rend pas moins efficaces pourtant, dans la lignée des interventions d’Hellboy qui ressemblent aux autres récits courts de Mignola, souvent un rien dispensables.
Chroniqué par en janvier 2007

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