(le) Percolator
Max Cabanes, après des années de digression, revient au fameux cycle «dans les villages» dont il publie un nouvel opus, L’Ecole de la cruauté, chez Dupuis (troisième éditeur pour cette série qui avait commencé chez Fluide avant de passer aux Humanos). Mais ce n’est pas le sujet de cette chronique.
Le sujet de cette chronique, c’est le sublime volume gratuit (et un volume gratuit n’est-il pas sublime, forcément sublime ?) que les éditions Dupuis, en la personne de Corinne Bertrand (qui dirige la collection expresso après avoir officié comme attachée de presse chez Delcourt pendant des années), offrent au client à l’occasion de l’achat du volume de Cabanes cité plus haut.
(le) Percolator, puisque c’est son nom («expresso», paf : «percolateur», créativité avec un clin d’œil et de la distance, qu’est-ce qu’ils sont forts), propose les minutes d’un dîner tenu le 1er juin dernier dans un restaurant vietnamien du cinquième arrondissement entre la directrice, le directeur éditorial (Claude Gendrot) et la plupart des auteurs (en vrac : Dupuy & Berberian, Mardon, Micol, Christopher, De Crécy, et j’en passe — mais ni Prado, ni Zep, ni Stassen, ni quelques autres).
Il faut dire que justement, l’énumération ci-dessus ne comporte pas que des crêpes. Expresso, c’est la collection qui a publié Zep et récupéré Monsieur Jean, qui republie les histoires courtes de Prado, qui poursuit la saga de Cabanes, fait une place au Salvatore de De Crécy, donne une chance à Incognito de Mardon, etc. Ca fait envie, non ?
Eh bien justement, petit veinard que tu es, lecteur : ta longue fidélité est récompensée, te voilà admis à la table de tes idoles, tu vas toi aussi pénétrer dans la chaude intimité de la famille bédéphilique, explorer les coulisses, guetter les bons mots, épier la création qui glougloute. La preuve qu’on t’aime : on te laisse même la transcription des premiers essais micro. On ne te cache rien. Chaque participant sera représenté par une petite icône stylisée qu’on imprimera devant ses répliques, et c’est parti pour cinquante pages de fausses confidences garanties.
Le contenu, en effet, n’est rien d’autre que la bande-son du dîner. On dirait un tas d’interviews mélangées et pas montées, des bribes de propos, des fragments, des bouts d’idées — mais vécues, hein, incontestablement réelles, tout bien juste comme ils l’ont dit, entre la salade de poulet aux amandes et le bœuf sauté à la coriandre.
Simplement, aucun travail éditorial n’a été fait là-dessus (ou alors si, et c’est pire). L’intérêt est pratiquement nul, à part celui de croire qu’on a réfléchi, de croire qu’on connaît mieux les auteurs, de croire qu’on en sait plus. C’est un produit dérivé, pas très éloigné des albums Panini (il faut découper les marque-pages qu’offrent tous les albums de la collection et les coller dans le «percolator» à la place qui leur est réservée), avec en sus une présentation des projets à venir. Un support de communication comme un autre, au fond, fabriqué sans effort.
Berberian se paie même le luxe d’expliquer, p. 23, que «les seuls qui ont un point de vue sur l’édition (…), sur les livres qu’ils ont envie de faire», ce sont Jean-Christophe Menu et Jean-Louis Gauthey. Voilà, merci Charles, on est prévenu : Percolator est un livre fait sans point de vue et sans envie, un livre qui n’en est pas un, qui ne se lit pas vraiment, qui se feuillette à peine, refermons-le vite, et allons plutôt lire Safari Monseigneur à l’Association, ou un Gus Bofa chez Cornélius.
Mais il reste tout de même une petite question qui rôde, soupçonneuse : le génie qui a inspiré pendant des années les marges de Fluide Glacial se doutait-il qu’il contribuait à définir le futur format innovant des dossiers de presse de l’an deux mil ?
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