XX / MMX

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Non, ce ne sera pas «je me souviens» ou «Putain ! 20 ans déjà !». Oui, c’est bien de XX qu’il s’agit, mais dans un entre-deux typiquement bande dessinée qui ferait «gouttière» entre-deux inconnues,[1] deux millénaires, deux siècles mais surtout plein d’auteurs avec leurs créations par les grâces d’un éditeur fait d’auteurs. Pluralités créatives et singularité éditoriale plurielle, et des livres, des livres comme autant de jalons pour voir aujourd’hui dans cet autre livre une planche de quatre-vingt-cinq d’entre eux, une page parmi les dizaines qui les composent.[2]

Deux fois dix ans cela ne se fêterait pas comme il y a dix ans au CNBDI. Ça passe trop vite et l’on se demande si l’on doit s’en faire une joie. Oui, A peine le temps de dire ouf ! comme le montrait déjà Guy Delisle dans Lapin n°16, entre les inconnues de la deuxième et avant-dernière page, deux revers de couvertures d’une autre évidence aujourd’hui.[3]

Et puis l’on se rappelle que la neuvième chose est un tressage de mémoires. Puisque d’autres montrent qu’ils se souviennent, qu’ils voient un début et un parcours au point de vouloir les exposer,[4] alors pourquoi pas un livre non pas d’hommage mais de mémoires, de celles qui se construisent en lecture ennéaphile et font un présent bien présent.

XX / MMX est de ce rapport. Celui d’un auteur à une des ses planches, issue d’une séquence temporelle de vingt années se déployant jusqu’à notre présent daté 2010 pour quelques mois encore. Le passé ne s’y nie pas bien entendu, mais il devient fécond, fait suite. Chaque auteur ne redessine pas une planche d’un de ses confrères plus jeune ou plus vieux,[5] il fait la suite d’une de ses planches montrée dans sa matérialité de planche, c’est-à-dire jaunie, annotée, raturée n’existant parfois qu’à l’état de lambeaux.[6] Celle-ci se distingue bien de celle récente en étant d’un format moindre pour se détacher sur fond noir.[7]

Cette liaison comme contrainte avec ce qui a fait trace ou est devenu trace, fait moins bilan que parenthèse, que chemins qui bifurquent de livres connus vers d’autres récits prenant en compte une maturation, un parcours allant de quelques mois à quelques années. Histoire, histoires, de celle de la bande dessinée puisque L’Association en fait partie depuis son existence «à la pulpe», à celles individuelles dans leurs relations à l’éditeur mais aussi aux gestes qu’est le dessin, aux dits que sont les mots écrits, à la volonté qui les firent s’assembler et s’assembler à nouveau.

En MMX, certaines planches absentes de livres bien présents dans les mémoires évoqueront des têtes perdues. Mais désormais mythique et semblant au diapason de sa propre symbolique, l’hydre repousse toujours (la bédé, peut-être le temps et les échéances) et dans sa mandorle losangique de couverture elle s’affiche forte de XX têtes aux langues bifides, ces organes sensoriels pointus que les vrais reptiles sans paroles des neuvièmes choses sans âmes ne cessent de lui envier.

Notes

  1. Un X d’une étrange équation qui ne fixerait ni sa fin — on le comprend aisément — ni son début. L’association a-t-elle commencée avec Logique de guerre comix ? Labo ? Le lynx ? etc.
  2. A ces auteurs il faut ajouter les noms de Pacôme Thiellement, Anne Baraou et Christian Rosset, qui signent chacun, en fin de volume, un texte sur ces vingt ans «d’Asso».
  3. Protection de contenu intérieur légitime.
  4. Exposition initiée par les organisateurs du Festival Sismic de Sierre en Suisse, qui a eu lieu du 2 au 9 juin 2010.
  5. Là nous serions dans l’hommage. Cela se fait depuis XXX ans, depuis le numéro des 35 ans du journal Tintin (avec ce bel hommage d’Andreas à Macherot) à la récente expo Cent pour cent de la cité internationale de la bande dessinée et de l’image.
  6. Cf. celle de Mokeït p.83.
  7. Dispositif lié au livre. Dans l’exposition les planches était côte à côte comme semble le montrer ces photos.
Site officiel de L'Association
Chroniqué par en septembre 2010

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