Trondheim auto-biographique(s)

de

Parmi toutes les voies qui mènent de l’œuvre de Trondheim à son créateur, l’autobiographie a l’avantage d’être la plus directe. On le sait, l’autobiographie est une veine féconde de sa foissonnante bibliographie, à commencer par les six volumes d’Approximate Continuum Comix (1993-94), éventuellement compilés en un volume appelé Approximativement, jusqu’aux récents Petits riens (commencés en 2006 et toujours en cours). Entre les deux, plusieurs volumes ouvertement autobiographiques : les Carnets de bord (2001-03), bien sûr, ainsi que Désœuvré (2005), mais aussi Les Aventures de l’Univers (1997), qu’on oublie parfois.[1] Je tenterai ici une approche générale de ces œuvres, utilisant pour cela des chemins de traverse entre elles, chemins qui pourront éventuellement rejoindre d’autres œuvres, non spécifiquement autobiographiques, de l’auteur.

Mon premier réflexe est, bien sûr, de tracer une ligne reliant chronologiquement tous ces volumes pour en faire une œuvre en continu (trouée, et sans doute inachevée) qui constituerait l’autobiographie complète de Trondheim. C’est un peu cette vue de l’esprit qu’épouse Jeanine Floreani dans une récente critique du Syndrome du prisonnier, second tome «papier» des Petits riens, critique dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle suscita une certaine controverse. On sait que dans cette critique, Floreani s’emploie à comparer défavorablement ce volume à Approximativement, y voyant le symptôme d’une certaine déliquescence artistique chez Trondheim.[2]
Il convient de séparer ici cette idée de déclin (qui est la thèse principale de Floreani) et ce qui la sous-tend, c’est-à-dire le jugement comme quoi les Petits riens seraient décevants en comparaison d’Approximativement. Cette comparaison n’a de sens que si l’on accepte, justement, cette idée d’une autobiographie en continu dont autant Approximativement que les Petits riens seraient des manifestations ponctuelles. Or, à y penser, cette idée me semble un peu trop facile et je voudrais commencer par la mettre à l’épreuve.
C’est que le travail autobiographique de Trondheim a pris plusieurs formes au cours de sa carrière, et il n’est pas certain que toutes ces formes visaient au même but esthétique. Aussi, si je dois rapprocher les Petits riens d’une autre œuvre de son auteur, j’évoquerai plutôt les Aventures de l’Univers, recueil de courts récits d’une planche, en couleurs, surtout autobiographiques, dessinés à l’origine pour publication régulière dans le magazine les Inrockuptibles.[3]

Il est assez enrichissant de considérer Les Aventures de l’Univers comme une première ébauche de ce que seront les Petits riens. La forme — une histoire par planche — impose en effet certains types de discours : réflexions en quelques cases, instantanés de la vie quotidienne, questionnements plus ou moins sommaires. On n’y retrouve donc pas les narratifs fouillés d’Approximativement, qui autorisaient, par exemple, les longues conversations, les développements d’une situation donnée, les digressions et les retours en arrière. À la place, Trondheim se concentre à trouver le bon mot, l’observation juste, le détail qui fait mouche.
On observera au passage qu’une partie des Aventures de l’Univers n’est pas à proprement parler autobiographique ; on y trouve également de courtes fables satiriques dans la veine des Genèses apocalyptiques ou du Pays des trois sourires, ainsi que des commentaires liés à l’actualité — mais qui prennent eux aussi parfois la forme d’une petite fable. Dans le contexte de la publication en livre, ces digressions de forme semblent s’intégrer à la nature autobiographique du projet. Ainsi, Trondheim ne semble jamais trop certain de la direction qu’il veut prendre : il expérimente les formes, il est dubitatif quant au sens de ce projet, il pose la question de l’intérêt de ses observations, et souvent il doute de sa capacité de remplir le contrat. Censé «parler de l’actualité», mais refusant de jouer le rôle de l’éditorialiste, il «analyse» les sujets les plus banals, par exemple le changement d’heure ou les aléas du téléphone mobile, appliquant au tout la grille de lecture qui est la sienne, et que l’on pourrait qualifier d’un tantinet paranoïaque. Paranoïa qui, si elle nourrit ailleurs l’œuvre de Trondheim de ses meilleures saillies humoristiques, semble ici une attitude trop naïve et vulnérable, en tout cas mal distancée, et on imagine qu’elle a dû provoquer un malaise chez certains lecteurs.[4] Du moins cette volonté de tout commenter se traduit par un discours analytique (et parfois auto-analytique) souvent lourd et peu fluide.
La seule chose qui tient, à la conclusion du recueil, est justement la veine autobiographique qui, par son pari d’authenticité, donne un sens et même une apparence de narration à ces questionnements, hésitations et autres expérimentations plus ou moins formelles. Ce n’est pas autre chose qui est exprimé en page 17 des Aventures de l’Univers : «L’actualité, c’est que c’est l’époque des cerises. Elles sont bien noires et gorgées de sucre. Les figues, c’est pas encore ça. Quant aux cerises Napoléon, ce sera d’ici 15 jours.» Façon tout en finesse de détourner le but premier du projet en travestissant le sens du mot «actualité», mais qui dévoile quand même impudiquement les problèmes de forme auquel fait face l’auteur dans cette situation précise.
Les Aventures de l’Univers font, en ce sens, figure de livre raté, ou en tout cas de faux départ. L’idée de se raconter planche par planche n’est pourtant pas mauvaise, elle a d’ailleurs fait son chemin car le format adopté par les Petits riens est, on l’a dit, identique. Et c’est de ce point de vue que je propose maintenant d’appréhender cette dernière œuvre.

L’intérêt de ce point de vue est qu’il fait apparaître les Petits riens comme une réussite incontestable. Aux commandes de son blogue, Trondheim sait enfin où il va : terminée, l’actualité détournée, nous entrons ici franchement dans le territoire de l’anecdote la plus triviale. Tout se passe en effet comme si l’auteur avait finalement reconnu les limites, mais aussi le potentiel de la page unique. Cette reconnaissance assumée, il investit le format avec une nouvelle assurance. Fi des hésitations, fi des scrupules, il remplit page après page de moments se voulant anodins, sans ambages, les accompagnant d’un simple commentaire ironique. Les doutes sur son travail n’ont plus lieu d’être, ils sont donc généralement exclus du discours. Notons que Trondheim dessine tout cela avec une remarquable attention au détail au point de vue du décor (une constante chez le Trondheim post-Lapinot), puis drape le tout d’aquarelles vives, très maîtrisées. La tardive révélation de la réelle étendue du talent graphique de l’auteur est pour quelque chose dans l’attrait qu’exercent ces nouvelles pages.
Ce qui a donc changé, des Aventures de l’Univers aux Petits riens, c’est qu’il n’y a plus nécessité d’une quelconque médiation entre auteur, lecteur et éditeur. La raison en est, bien sûr, que les trois ci-nommés sont la même personne. En l’occurence, Trondheim est son propre éditeur (autant sur le blogue qu’en version papier), et, ne promettant pas davantage que des «petits riens», il se met clairement dans la position de n’écrire à toutes fins utiles que pour lui-même. Moi qui lis les Petits riens, je le fais, pour ainsi dire, par-dessus l’épaule de Trondheim.

Prenons maintenant un peu de recul. Si je peux lier ensemble Aventures de l’Univers et Petits Riens, il devient tentant de lier de la même manière Approximativement, Désœuvré et la série des Carnets de bord comme autant d’instances d’une «autre» approche de l’autobiographie. Ce que ces trois œuvres ont en commun, c’est bien sûr leur format plus libre car il n’est pas limité à une page par histoire. Approximativement, notamment, présente un flux narratif ininterrompu : on passe d’un épisode à un autre sans «avertissement», souvent en plein milieu d’une page. Désœuvré et les Carnets de bord, s’ils ont l’originalité de présenter des épisodes datés,[5] conservent en grande partie cette fluidité narrative. C’est d’autant plus vrai dans Désœuvré, qui se veut une méditation sur un sujet bien précis, l’auteur vieillissant (pour ce livre, l’approche autobiographique n’est somme toute qu’un prétexte à réaliser l’essai annoncé en couverture), réflexion cohérente avec celle entamée plus jeune dans Approximativement. Mais on voudra, concurremment, rapprocher ces œuvres relativement récentes (et surtout les Carnets de bord) de l’exercice encore plus récent des Petits riens car on y trouve finalement en germe cette approche «non-interventionniste» de l’actualité interne, où l’analyse à outrance des Aventures de l’Univers se voit progressivement tempérée, ramenée en tout cas à des proportions plus intimes, qui siéent davantage, semble-t-il, au projet de l’auteur.[6]
On voit maintenant bien la difficulté à juger du travail autobiographique de Trondheim dans sa continuité, puisque ce travail se trouve étroitement jumelé à diverses intentions d’ordre formel qui ne coïncident pas avec cette prétendue continuité. Ainsi de la forme «au long cours» d’Approximativement, qui, d’un point de vue formel, rapproche au fond ce livre de Lapinot et les carottes de Patagonie, bien plus que des Carnets de bord ou des Petits riens.

En tout cas, la découverte d’un chemin de croisée entre les Carnets de bord et les Petits riens — donc entre des instances de nos deux «formes» d’autobiographie — m’amène à considérer le cheminement autobiographique de Trondheim dans son ensemble, ce que je m’étais d’abord interdit par prudence. En effet, s’il est malaisé de comparer ensemble les œuvres de ce corpus d’un point de vue formel (vu les différences d’intention), rien n’interdit de les considérer strictement sous l’angle du contenu et de la représentation autobiographiques. C’est peut-être de cet angle que je trouverai la réponse à une question somme toute légitime qui est : qu’est-ce qui fait que je préfère, au fond, Approximativement aux Petits riens ?
Car enfin, hormis la forme, qu’est-ce qui sépare ces deux œuvres autobiographiques ? Le contenu, bien sûr : Approximativement ne parle pas de la même chose que Les Petits riens. Approximativement, c’est l’Atelier Nawak, c’est le balai à chiottes de Menu, c’est la Forêt Pétrifiée, c’est Lewis démultiplié (apport non négligeable du monde graphique au narratif, comme le fait justement remarquer Floreani), c’est Lewis enfin qui jette aux rebuts ses crobards de jeunesse. Les Petits riens, c’est le Grand Prix, c’est La Réunion, c’est surtout la famille, les petites manies, les inquiétudes liées à la vieillesse… Ces résumés un peu brutaux expliquent assez bien l’enjeu : ce que je regrette secrètement, c’est quelque chose comme une énergie juvénile qui aurait disparu quelque part entre Approximativement et les Petits riens.
Secrètement ; car ce genre de regret n’a pas beaucoup de poids critique. Le théoricien prônera donc un argument d’un autre ordre qui, s’il ne relève pas de l’appréciation formelle (que j’ai temporairement expédiée) doit forcément être lié aux méthodes de représentation de ce qui est raconté et à la relation de ces œuvres avec la réalité qu’elles sont censées représenter. Dit avec moins d’ambages : on arguera, par exemple, que l’une des deux œuvres est plus vraie et donc plus honnête que l’autre.

À la façade toute de retenue des Petits riens, derrière laquelle l’auteur se borne à des observations triviales pour éviter d’affronter ses démons (diront les méchantes langues), se compare pourtant une façade tout aussi chaste, celle d’Approximativement.
Après tout, Approximativement n’est rien d’autre qu’une construction convenablement narrative, où souvenirs et observations sont organisés, rythmés de façon à constituer une comédie (genre trondheimien par excellence) lisible où le personnage principal (l’auteur, en l’occurence) conserve la sympathie du lecteur jusqu’à la fin, heureuse bien sûr. La réalité est mise en scène de bout en bout. À la rigueur ce livre pourrait ne pas être autobiographique qu’il serait lu de la même manière.[7]) Ajoutons à cela les corrections et objections exprimés par les amis de l’auteur, commentaires que ce dernier présente intégralement en postface, comme témoin de ce qui ne se trouve pas dans ce livre, bref, comme autant de mensonges par omission. Même le titre du recueil, après tout, se veut une appréciation de la manière dont des faits réels sont rendus.
On ne peut pas dire qu’on a là un livre irréprochablement honnête. Tant qu’à faire, on peut également douter de la pertinence d’invoquer cet argument d’«honnêteté comparative». Tout au plus, pour l’instant, peut-on constater que chaque œuvre autobiographique de Trondheim fait usage de ce que nous pourrions appeler un appareil de distanciation, une manière de pudeur et de protection, mais aussi de clarté et d’efficacité narrative. Cet appareil peut être défini comme la somme de tous les masques trondheimiens, dont les plus visibles sont bien sûr ses masques animaliers, qui servent autant à cacher qu’à «donner le ton» du personnage ainsi représenté, bref à diminuer sa part d’équivoque. Cacher et clarifier : ce procédé restera remarquablement constant, y compris dans Les Petits riens.

Il n’y a donc aucune raison de croire que l’auteur travestit davantage la réalité maintenant qu’il le faisait au temps d’Approximativement. Seulement, ce n’est justement plus le même temps. L’auteur n’a plus le même âge, sa situation, autant sociale que maritale ou financière, est extrêmement différente. Les doutes sur son travail ont donné la place à des inquiétudes d’un autre ordre. Les choses à raconter ont changé.
Mais surtout, Les Petits riens sont tributaires de leur forme et de la retenue dont fait preuve l’auteur à leur égard. D’une certaine manière, ils sont plus honnêtes qu’Approximativement. Les Petits riens, en ce sens, m’apparaissent semblables à Mon oncle dont Truffaut pouvait déplorer un humour «extrêmement restrictif».[8] Comme chez Tati (mais d’une manière différente, tout de même), Trondheim se limite dans ses moyens, évacuant a priori toute forme de mise en scène qui pourrait insidieusement créer le gag. Pas plus qu’il ne cherche l’empathie du lecteur envers son personnage. Comme dans Mon oncle, il y a dans les Petits riens une recherche du «vrai» qui refuse toute facilité mais qui, paradoxalement, parce que son refus est si radical, semble elle-même une solution de facilité. En tout cas, on peut mieux comprendre ainsi que cette matière raffinée — cet air raréfié — ne séduise pas tout le monde.

D’une manière ou d’une autre, mon but ici n’est pas d’évaluer l’œuvre autobiographique de Trondheim «dans le détail» (et je laisse à chacun sa préférence pour tel ou tel livre) mais au contraire de noter des ressemblances et des différences, des liens entre les œuvres, bref, de remettre les choses en contexte. Enfin il s’agit de «laisser vieillir» Trondheim, comme on laisse vieillir un vin, dans l’attente d’y découvrir des saveurs plus complexes. Après tout, c’est cette transformation que l’on goûte aujourd’hui, quinze ans plus tard, dans nos relectures d’Approximativement.

Notes

  1. Certains me reprocheront, avec un clin d’œil, de ne pas inclure dans cette liste Le Blog de Frantico, ouvrage «autobiographique», en supposant que Trondheim en soit vraiment l’auteur (rôle qu’à ma connaissance, l’intéressé n’a toujours ni avoué ni désavoué). La réalité est que, même si Frantico était bel et bien un avatar trondheimien, il le serait au même titre que l’«auteur» extra-terrestre d’A.L.I.E.E.N., c’est-à-dire à titre de personnage fictif et non pas de pseudonyme. Si on accepte cette théorie, le Blog de Frantico est donc une fausse autobiographie — donc une vraie fiction.
  2. Déliquescence aussi chez toute une école, celle-là que, laissant là mes gants blancs, j’appellerai comme tout le monde «nouvelle bande dessinée». Mais tenons-nous en à Trondheim.
  3. Trondheim fait une fois (dans les Aventures de l’Univers) référence aux «70 000 lecteurs» auxquels il s’adressait dans le cadre de cette chronique.
  4. Sur les questions de distance entre l’auteur et son œuvre, voir le facétieux Pierre Bayard, Comment améliorer les œuvres ratées ?, Minuit, 2000 (p. 89 et suivantes).
  5. Curieusement, les épisodes individuels des Petits riens ne sont pas datés. Tout au plus un lecteur pourrait-il prendre l’habitude de noter la date d’apparition de chaque page sur le blogue, quoiqu’encore là cette apparition est souvent postérieure de plusieurs jours avec l’événement décrit.
  6. Il n’est pas inutile non plus pour le critique de prendre en compte la remarquable évolution du travail graphique depuis les Carnets de bord jusqu’aux Petits riens.
  7. Ce qui démontre surtout deux choses : d’abord, que Trondheim est un redoutable conteur. Ensuite, qu’il serait parfaitement capable de produire une fausse autobiographie, ayant de surcroît maîtrisé le «genre» autobiographique. (Sur ce que serait le «genre» autobiographique, on lira, mais un peu entre les lignes, Jean-Christophe Menu et Fabrice Neaud, «Autopsie de l’autobiographie», L’Eprouvette n°3, L’Association, 2007, p. 453.
  8. «L’humour de Tati est extrêmement restrictif, ne serait-ce que parce qu’il se limite volontairement au seul comique d’observation, à l’exclusion de toutes les trouvailles qui ne relèveraient que du burlesque pur.» Plus loin : «Ce n’est pas que Tati soit à cours de gags ou qu’il tire sur les mêmes ficelles, mais que son parti pris esthétique, sa logique démentielle, le conduisent à une vision du monde totalement déformée, quasiment obsessionnelle.» Les Films de ma vie, Flammarion, coll. «Champs», p. 258-259.
Site officiel de Lewis Trondheim
Dossier de en février 2008
  • Gabriel Umstätter

    Je ne suis pas sûr que le premier découpage que tu proposes : Aventures de l’univers comme ébauche des Petits Riens versus le reste, tienne vraiment la route. À mon sens, Les aventures de l’univers sont une sorte de fourre-tout un peu bâtard, à la croisée de toutes les expériences narratives du Lewis de l’époque. La collaboration régulière de Trondheim avec Les Inrockuptibles semble être née de Chiquenaude, un supplément spécial promotionnel du journal sorti à l’occasion de la publication de l’album de Lapinot Pichenettes. Les aventures de l’univers commencent par la reprise des trois premières pages de Chiquenaude, dont les pages sont elles-mêmes numérotées dans la foulée d’Approximativement (à partir de la page 151, comme une suite directe). Ensuite, Trondheim s’essaie au rythme imposé de la page hebdomadaire en hésitant sur la forme, comme tu l’as bien montré. Il n’est finalement pas convaincu et abandonne l’expérience, mais entre temps sont déjà parus un ou deux albums regroupant tout ça sous une couverture qui les présente comme une sorte d’envers de sa série phare (« Les formidables aventures sans Lapinot ») ; peut-être avec l’idée qu’après tout ce n’est pas si mal même si ça s’avère être un cul de sac, et alors pourquoi ne pas le publier, comme Sfar le fera aussi en intégrant les pages de son aventure avortée à Charlie Hebdo à ses Carnets.

    Les Carnets de bord et Désoeuvré me semblent plutôt être des sortes de « rechutes » de l’autobiographie à la Approximativement, dans la mesure où ils rendent à nouveau compte de périodes closes, de suites d’événements cohérents, même si cette unité n’est parfois que minimale, l’occasion d’un voyage par exemple. Dans la foulée d’Approximativement, ces carnets ont aussi beaucoup à voir avec des interrogations de Trondheim sur sa propre création et sa situation « existentielle », et me semblent d’ailleurs correspondre à des sortes de « crises » dans sa pratique : bourreau de travail, Trondheim prend des vacances, et face à ce vide (cette vacance, ce désoeuvrement soudain) est forcé de réfléchir sur soi et de prendre du recul, sans pouvoir s’empêcher de continuer à raconter quelque chose, ou plutôt en se servant de cette narration pour se remettre en question.

    Quant aux Petits riens, il me semble vraiment que c’est une nouvelle veine très différente, qui n’a pas du tout les mêmes ambitions. Peut-être que l’exemple de Frantico, l’émulation et l’excitation particulière propre au format du blog, lui ont donné le goût du « à jour fixe et souvent », du travail régulier et dans la durée sur un même projet, au delà l’excitation initiale de la nouveauté ; en somme, de cette contrainte qui n’avait pas trouvé d’issue féconde à l’époque des Inrocks, et qui n’a pas forcément à voir avec la temporalité de l’autobiographie de type Approximativement, irrégulière car moulée sur le rythme de la vie réelle, tantôt urgent, tantôt languissant.

    Les Petits riens me font penser à ce qu’on peut appeler en littérature des « formes brèves », comme l’épigramme chez nous, et surtout dans la poésie japonaise le haiku, cette forme minuscule et codifiée, à la fois contraignante et ouverte à tout, et qui cherche à capturer en trois ligne l’émotion fugitive d’un instant. Les sujets retenus par Trondheim sont assez dans cet esprit je trouve, sans prétention autre que d’encapsuler le souvenir d’un moment éphémère, d’une idée subite et qu’on aurait tôt fait d’oublier si on ne se forçait pas à la noter quand même, parce qu’on se dit qu’on aura peut-être du plaisir à la relire plus tard. Il s’agit toujours d’intime, mais d’une qualité différent, et issu d’une pratique plus contemplative – qu’on pourrait mettre en parallèle avec le fait qu’entre temps Trondheim s’est mis au dessin d’observation, et que son dessin a évolué en intégrant cette nouvelle dimension – et moins directement opératoire. Par ailleurs, les moyens techniques employés par Trondheim vont dans le même sens : simple page de carnet et coloration à l’aquarelle, technique par excellence du « pris sur le vif », rapide et sans retouche.

    Reste alors effectivement la question du choix de publication : pourquoi ne pas se limiter à la publication éphémère sur son site, avec ce bel effet d’effacement progressif des pages qui semble si bien correspondre à l’esprit du projet ? On peut penser qu’un auteur plus rigoureux en termes idéologiques ou formels, dans le genre de Jean-Christophe Menu peut être, se serait refusé à transiger (mais ce dernier s’est-il lui-même gêné il y a peu de republier luxueusement ses vieilles planches pour SVM Mac ?) La justification de Trondheim que le livre ne s’impose à personne, ne promet pas plus que ce qu’il renferme, ne me semble finalement pas si honteuse. Personnellement, je me satisfais de la version Web dans sa forme fugitive, visitée au hasard quand l’envie m’en prend, mais si d’autres sont prêt à payer pour pouvoir feuilleter ces pages et y revenir, pourquoi pas ? L’accusation d’opportunisme me semble un peu hypocrite et ambiguë ; et je me demande aussi si cet « opportunisme » n’est pas finalement une autre face d’une des grandes forces de l’auteur, que ses accusateurs ne songent pas à lui reprocher : la curiosité et l’enthousiasme à essayer de nouvelles choses sans se laisser jamais arrêter par des a priori. Quels autres auteurs de sa génération se sont-ils sérieusement essayé au blogging par exemple ?

    • david turgeon

      belle analyse. pour le lien entre les aventures de l’univers et les petits riens, j’admets qu’il est risqué mais je trouvais intéressant de noter une ressemblance de forme qui aurait pu échapper à d’autres, quitte à faire le grand écart (soyons fous!). les aventures de l’univers sont une sorte de « proto-blogue » en un sens.

      mon but est aussi de montrer la qualité mettons « rhizomatique » (je n’aime pas ce mot mais il s’y prête) du corpus trondheimien: des oeuvres se répondant l’une l’autre de multiples façons originales et asymétriques. l’idée n’est pas de focaliser sur un seul lien au détriment des autres (sauf temporairement et dans un but rhétorique).

      par contre je n’avais pas noté l’existence de chiquenaude et ça c’est intéressant, quoiqu’a priori c’est une simple extension d’approximativement.

  • Jeanine Floréani

    C’est d’ailleurs pertinent que tu rapproches Les petits riens de son travail aux inrocks. La contrainte temporelle influe dans les deux cas, et dans les deux cas, j’y ressens le même gimmick. Déjà à l’époque des inrocks, je n’aimais pas ces planches. Elles semblaient manifester le même repli quasi pavlovien dans la confession mécanique dès que L.T se trouvait dépourvu de choses intéressantes à dire. L’ébauche d’une confession prétexte à relever des challenges techniques (écrire une planche par semaine, devenu désormais apprendre l’aquarelle) semblait déjà en marche. Tu me diras, c’est pas original, c’est la pratique littéraire du journal qui a pour ambition le perfectionnement poétique. C’est vrai. Néanmoins, c’est toujours dommage de la publier. Dans le temps, le bon temps des réacs, les romanciers écrivaient leurs journaux, mais ne le publiaient pas. Il fallait attendre leur mort, avant d’y avoir accès. Remarque, au moins, L.T ne finira ni comme Renard, ni comme Hugo, avec ses réflexions éphémérides expurgées par sa veuve.

    Sinon, une autre remarque ouvrant à débat. Je pense que tu te fourvoies en prenant pour support l’honnêteté confessionnelle. Toute autobiographie est forcément mensongère, et je crois que tout le monde s’en fiche, ou du moins je l’espère. Pour moi, le fond c’est la forme. Et que les petits riens de Lewis Trondheim soient les mausolées de sa recherche du beau, et non plus des pavés de perversion jetés contre l’académisme formel, je persiste à trouver que c’est un revirement. Même à l’époque des inrocks que tu rattaches, il me semble que c’est le triomphe sur une forme d’écriture qui lui importait, et non une victoire esthétique. A voir. beau texte, en tous cas.

    • david turgeon

      une précision: je n’utilise pas le mot «auteur» comme qualité (par exemple pour opposer à artisan, amuseur, tâcheron, etc.). un auteur est la personne derrière un livre, point. j’utilise le mot «oeuvre» de la même manière (une oeuvre n’est pas un chef d’oeuvre). «politique des auteurs», oui d’accord mais je ne mets pas ce texte sous le patronage de truffaut, qui était d’abord un polémiste (comme toi peut-être :).

      publier ou ne pas publier? vaste question. j’avoue que je n’ai pas d’opinion. un livre peut être intéressant d’un point de vue critique et ne toucher que dix lecteurs. ce qui compte surtout c’est de voir si une oeuvre tient ses promesses.

      honnêteté confessionnelle: tout à fait. d’ailleurs je n’utilise cet argument qu’à des fins rhétoriques. peut-être que je n’ai pas assez clairement montré que son intérêt est limité. j’ai pris l’habitude de lire l’autobiographie comme s’il s’agissait d’une fiction, je trouve ça moins malaisé (d’ailleurs, comme lecteur j’ai un a priori négatif envers l’autobiographie — mais quel intérêt de dire ça?). et c’est bien de cette manière que j’essaie de juger des petits riens.

      • Jeanine Floréani

        En effet, il m’a semblé que tu utilisais « auteur » et « œuvre » exactement comme Truffaut. C.a.d qu’un auteur est un obsédé qui se répété, et l’œuvre est le lieu ou ses obsessions ne lovent. A partir de là, on se fiche qu’un film ou qu’un livre soit bon, ou mauvais. Lorsqu’il est fait par un auteur, il participe d’une cosmogonie personnelle qui, elle, sera lumineuse. C’est exactement ce que tu dis et prouve, je crois, dans ton texte. En tous cas tu m’as permis de faire des passerelles qui ne m’étaient pas venues naturellement.

        • david turgeon

          de ce côté-là d’accord, mais ça ne m’était pas venu à l’esprit. mais je pense que ces notions d’obsessions, etc. viennent naturellement pour peu qu’on parte des connotations les plus neutres possibles d’«auteur» et «œuvre». de toute manière je compte bien fouiller plus loin ce que tu appelle la cosmogonie de trondheim (au sens de mythe mais aussi de spiritualité, d’éthique et de morale). ce texte n’est qu’une introduction (je sens qu’il y en a qui vont brailler, suivez mon regard).

          • Jeanine Floreani

            Les notions d’auteurs et d’oeuvres, je crois qu’elles doivent être comme la notion d’art. C.a.d qu’il faut que chacun les investisse d’une définition qui lui soit propre (bien que moi je cherche et m’agace à ne rien trouver de solide). Ca permet de se faire un rapport personnel au chose, plus ou moins faux mais tout du moins philosophique.
            Ce qui est intérressant, dans la demarche de Truffaut et dans la tienne, c’est d’anéantir le concept de bon ou de mauvais (le biais que j’ai choisi ici), pour le remplacer par l’idée du message d’une vie. Il dévalue l’importance de l’oeuvre (qui sera forcément bonne puis mauvaise puis re-bonne) et réevalue l’importance de l’auteur. D’où le nom de cette politique, qui offre des perspectives toujours très intérressantes. Quant au naturel de cette politique, je ne suis pas sûre qu’elle était évidente au moment où truffaut la mettait en place. En tous cas, j’attends vraiment la suite avec impatience, notament ta réponse à Lewis qui t’offre avec son commentaire un joli trousseau de clés pour continuer.

          • Olivier

            Bonjour,
            Voici un article donnant envie de lire la suite de vos réflexions. Je me permets de glisser rapidement les miennes, sans avoir trop de le temps de les étayer clairement. A la lecture de la liste des albums auxquels vous faites référence, je me demandais quelle place vous attribuez dans votre schéma à ‘Farniente’, réalisé, à l’inverse des autres, en collaboration avec quelqu’un d’autre, Dominique Herody en l’occurence. Je ne connais pas du tout la genèse de cet album, j’ignore dans quelle mesure son caractère autobiographique est revendiqué ou non par l’auteur. Mais pour une fois, celui-ci ne se représente plus (et doublement puisqu’il n’est pas derrière le pinceau) sous les formes d’un oiseau mais avec un visage humain lui ressemblant. Ce qui fait que même si ces scènes n’ont pas réellement existées (c’est comme ça que je l’avais imaginé au moment de la lecture, mais peut-être que je me trompe..) elles peuvent sembler ‘plus’ autobiographiques, plus intimes, de prime abord que celles utilisant des têtes d’animaux. Par ailleurs, pour qui connait le reste de l’oeuvre de Trondheim, on n’y reconnait aisément un humour/esprit caractéristique. Ce qui rajoute au fait que ces scènes pourraient être ‘inspirées de faits réels’. Bref, je trouve que cet album semble offrir une variation supplémentaire autour du jeu autobiographique chez Trondheim.

            Autre question balancée sans y avoir bcp réfléchi: n’avez-vous pas l’impression que Lapinot et Trondheim, (au sein des albums, je ne parle pas de la vie privée de ces derniers!) ont suivi des trajectoires opposées se croisant? Quand on lit les deux (les lapinots et les oeuvres autobiographiques) on a l’impression que Lapinot quitte petit à petit son statut de héros de papier/de bande dessinée désincarné (il est doté de parent, d’une copine, d’ex, lapinot est juste un surnom et il possède donc un nom/prénom comme tout le monde, etc. pour finir par mourir parce qu’il n’y a pas d’autre échapattoir dans la vrai vie) alors que trondheim s’incarne de plus en plus avec les Petits rien comme un héros de papier, revenant de manière récurrente dans des gags en une page plutôt que dans des récits plus longs détaillant plus précisément la réalité de l’auteur. Il doit avoir moyen également de croiser la question de la destinée, thème majeur des lapinots selon moi, et cette focalisation sur des ‘petits riens’ pour trouver des petits sens face la mort inéluctable. Je trouve ça vraiment intéressant de voir comment ces questions, autant fondamentales qu’évidentes voire banales, sont traitées à travers une réflexion sur la représentation de soi et plus largement sur la production d’une oeuvre artistique (Désoeuvré), et donc d’une certaine forme de pérennisation.
            Désolé si c’est un peu confus et peu développé. Si ça vous inspire une quelconque réflexion, ben tant mieux, si non, ben tant pis..héhé..

  • Bonjour David,

    concernant les origines des Petits riens qui seraient situées dans les Aventures de l’univers, c’est tout à fait vrai (et conscient de ma part). J’avais même dessiné plus tard quelques pages supplémentaires, qu’on devrait pouvoir retrouver dans un des Pilote sorti autour de 2002, et dans ma tête ça s’appelait comme ça.

    Et j’ai la même analyse que vous sur ce livre.

    Sinon, il manque à votre article une étude sur l’aspect graphique, il me semble.

    Entre « je dessine comme je peux », « je dessine sans crayonné ni retouche » et « je dessine à l’aquerelle », il y a certainement à creuser un peu par rapport à ce que ça donne au niveau narratif, par exemple.

    Je pense aussi qu’on peut attendre un peu pour voir si certains textes se bonifient. En tout cas, j’aurais été content de trouver ce genre de bouquins de la part d’auteurs de bande dessinée (de toutes générations) dont j’apprécie le travail. Même des livres pitoyables et opportunistes qui ressembleraient aux Petits Riens. hu hu…

    Mais je suis un peu gêné d’une telle attention.

  • adrien

    Il est effectivement curieux, si l’on ne comprend pas le fond de nostalgie inhérent à tout ça (les débuts de l’association tout ça, Trondheim c’était très excitant – enfin toutes proportions gardées), de penser que cette Oeuvre suscite tant de passion et d’exégèses car, oui, il faut bien le reconnaître et que diable!… Trondheim, ça n’a rien de révolutionnaire surtout à considérer qu’il a facilement atteint au niveau paroxystique, le statut d’auteur de bande dessinée traditionnel qu’on aurait pu lui croire abhorrer à ses débuts mais bon…
    Je crois qu’il s’agit davantage d’attachement que de sens critique, mais l’exercice n’est pas condamnable au contraire.
    Après si ce site ne peut plus être un lieu de débat, c’est tout à fait dommageable.

    • david turgeon

      j’aimerais bien voir toutes ces exégèses! je n’en connais aucune.

    • Jeanine Floreani

      Vois-tu Adrien, je ne suis pas d’accord avec toi. Pour moi, L.T. a une vraie valeur, et une vraie singularité. Ce que j’appelle ses pirouettes formelles qui caractérisent la fausse simplicité de son écriture. Chez L.T., souvent, ces trouvailles ont l’air anecdotiques, mais en fait elles renvoient à des déterminations intelligentes et concrètes.
      L’exemple de son autoreprésentation, gadget vide et grotesque dont on comprend qu’il veut dire, si on lit entre les lignes, qu’il est vain de se dessiner ressemblant. Que le moi ne s’incarne pas dans un totem. Très idéologique cela, et très central dans le genre autobiographique (sans compter l’invention de langage reprise par Killofer). Mais je pourrais parler de l’exemple des trois chemins, qui sous couvert de chassés-croisés, travaille à faire progresser très subtilement les enfants dans leur lecture. Un boulot pertinent comme peu, je t’assure.

      Les exemples sont nombreux, de cette distance un peu comique qui tentent de masquer une réflexion poussée. Certains diront que je divague, que je surinvestie. Mais vraiment, je ne crois pas. Débat ouvert.

  • Moi, je suis d’accord avec le troll inconnu.

    Etre un amuseur me satisfait pleinement.

    • Jm

      c’était donc vous!
      Haaaaaa quel génie vous êtes!!!….. vous m’avez encore bien fait marrer…

      Jm

  • et voilà, après le mépris, la calomnie gratuite. je ne me donnerai pas la peine de répondre à ça, c’est de plus en plus pathétique. ah non, tiens, je vais en profiter pour me faire de la pub.

    • A David T. Ai posté un message plus haut, le 15 février, ne sais pas si tu l’as vu. On s’en fou des trolls.
      O.

      • david turgeon

        oui, bien vu ton intervention, ajouté à mes notes aussi. je n’ai pas grand chose à y ajouter par contre: je n’ai pas lu farniente et je n’aurais pas eu tendance à y voir une matière autobiographique (à la rigueur « autofictionnelle » et je m’excuse d’utiliser ce mot que je n’aime pas beaucoup), mais je me trompe peut-être. pour ce qui est de la seconde observation, je ne suis pas sûr de voir cette inversion des rôles. je la garde derrière la tête et qui sait, peut-être qu’elle m’apparaîtra plus clairement un jour. merci en tout cas de contribuer à la réflexion.

  • Docteur C

    En fait je suis plutôt d’accord avec le troll – enfin non mais je pense qu’on peut critiquer votre chronique sous un certain angle.

    Une analyse critique repose sur une hiérarchisation des oeuvres, non pas hiérarchisation culturelle, mais hiérarchisation singulière du critique. Il ne s’agit pas d’imposer une hétérarchie mais pour les chroniqueurs de de ce site de fonder analytiquement des hiérarchies – pour chacun d’eux.

    Or franchement Trondheim le reconnait lui-même: au sein de la bande dessinée comme création, c’est un amuseur, très doué, mais un amuseur. Sa recherche formelle n’a jamais été très poussée. Son travail graphique est brillant mais pas d’une grande recherche si on le compare à un Herriman ou un Goossens, un Barbier ou un Chris Ware.

    A partir de là une comparaison avec Tati est obscène – comme celle avec Robert Musil était aussi obscène. Non pas obscène au sens pornographique ou choquant, mais obscène au sens d’aplatissement transparent des valeurs artistiques: tout se vaut, c’est de la machine formelle qui se vaut, y’a pas de singularité formelle dans les oeuvres, pas de hiérarchie à fonder, juste des comparaisons à saisir dans une continuité culturelle « autobiographique ». Or le culturel c’est du discontinu. Il n’y a que l’artiste dans sa démarche qui produit du continu, ou le critique dans son analyse. Tati c’est du cinéma, et un cinéma hyper créatif. Qu’est-ce que vient foutre Tati dans cette analyse? Musil c’est de la littérature, et parmi les meilleures créations littéraires. Qu’est-ce que vient foutre Musil dans une analyse de l’autobio de Trondheim? Pareil pour Ibn Al Rabin et Darger. Ca n’a juste RIEN à voir, et il n’y a RIEN de pertinent à tirer de ces analogies.

    Je ne peux pas être d’accord avec ça. Ce n’est pas du tout valoriser la création en bande dessinée. C’est au contraire opérer un travail de sape de la création artistique, un travail de sape très pervers qui conduit à faire équivaloir la création formelle au succès populaire d’une oeuvre (oeuvre qui le mérite amplement mais là n’est pas la question).

    On peut analyser Trondheim mais il faut savoir s’arrêter et hiérachiser les oeuvres, sans analogie ABSURDE et NUISIBLE à une pensée critique d’analyse, c’est tout ce que je tends à dire. S’il y a de l’analogie à faire, qu’elle se fasse à partir des sources du graphisme de Trondheim, qui ne sont ni à chercher chez Musil, ni chez Tati.

    Prenez-le comme vous voulez.

    • Docteur C

      Et s’il doit y avoir une légitimation culturelle de la bande dessinée, elle se fera dans un autotélisme, par les oeuvres! Contre la bande dessinée de Gerner pourrait être un très bon exemple d’autotélisme…

    • david turgeon

      tu devineras que trondheim est placé très haut dans ma hiérarchie critique personnelle. je ne pense même pas qu’il soit nécessaire d’expliquer en quoi celui-ci « mériterait » cette position. l’argument « ce n’est qu’un amuseur, il le dit lui-même » n’a aucune valeur, autrement franquin n’est qu’un dessinateur médiocre, « il le dit lui-même ». tiens, cette nouvelle comparaison te fera sûrement grincer des dents elle aussi.

      je suis tout aussi allergique aux analogies absurdes, c’est pourquoi j’essaie d’encadrer mes comparaisons autant que possible, pour qu’on ne se méprenne pas sur le contexte. évidemment, il y a un point où il faut que je fasse un peu confiance au lecteur, sinon c’est le texte en entier qui s’alourdit. de toute manière, hors contexte, quelle analogie n’est pas absurde? chaque oeuvre est individuelle et unique et ne saurait être comparée à une autre.

      pour répondre à cette question: que vient faire tati dans cette analyse? exactement ce qu’il y fait et rien d’autre. il faut arrêter de voir des poux à chaque détour de phrase. je ne fais pas de concours: « lequel de ces artistes est le plus génial? » car enfin que me reproches-tu? de ne pas être assez « militant » dans mes choix peut-être? à te lire, j’ai l’impression que je serais mieux reçu si je ressassais des banalités sur barbier que si j’avais une intuition perçante concernant van hamme (je caricature).

      je suis très amateur des auteurs que tu nommes (au fait j’ai déjà écrit sur herriman, comme tu le sais, et j’aimerais bien faire quelque chose sur chris ware mais je n’en suis pas encore là), et j’ai déjà pensé que trondheim était un auteur intéressant sans plus. j’en suis venu progressivement à une conclusion inverse après avoir considéré son oeuvre dans son ensemble et non pas dans un excès de « fanitude » que certains dans leur grande sollicitude semblent craindre de ma part. si je devais parler en fan je n’écrirais que des articles sur blain (ça en énerverait certains, tiens), ce que je n’ai jamais fait parce que je n’ai rien à écrire à son sujet, à part cette critique en neuf mots: « je ne comprends pas comment il fait, le salaud ». ou alors, il me faudrait la plume de christian rosset mais je pense qu’il la garde jalousement, le gredin. si je parle de trondheim c’est bien parce que son oeuvre s’y prête, qu’elle présente des problèmes intéressants et pas seulement au point de vue esthétique. je n’essaie de convaincre personne de son prétendu « génie », la postérité s’en chargera si elle le croit bon. j’ai une intuition à ce sujet, c’est tout.

      mais comme on l’a dit à un autre sujet, docteur C, nos présupposés critiques sont assez différents. donc je ne veux pas non plus insister (je me relis: oulala, qu’est-ce que ce serait si je me mettais à insister). bref je trouve cet échange enrichissant même si je suis en désaccord à peu près complet avec toi. 🙂

      ah, et un dernier mot sur la « légitimation culturelle » de la bande dessinée. cette légitimation est un prérequis à mon travail, ce n’est pas son but.

      • Anonyme

        Soit tu n’as rien compris, soit tu es de mauvaise foi… Je suis un peu inquiet. Qu’est-ce que tu fais à l’Université déjà?

        Trondheim est un excellent dessinateur. Franquin aussi. Mais là on parle de bande dessinée… Oh, incroyable! Des articulations, on parle des articulations qui sont la BD. Woaw, truc de fou. Alors un auteur de BD c’est juste un « bon dessinateur »? Non bien sûr. Il fait de l’articulation images/textes ou images/images. Bien bien bien… Franquin est-il créatif dans l’articulation images/textes, dans son travail d’auteur de bande dessinée? Pas forcément. Pas forcément dans la série Jijé etc. Il n’invente pas de formes, il excelle dans la réutilisation de formes existantes. Pareil pour Blain. Trondheim est déjà au dessus. Mais très en dessous de Chris Ware, ou d’Herriman. Pourquoi? Parce qu’ils ont créé des formes, inventés des formes de Bande dessinée pure, ni juste dessin ni juste texte mais articulation, formes pour les articulations. Il faut vraiment tout t’expliquer.

        Si tu ne défends pas ça, si tu ne hiérarchises pas à partir de ça, alors tu es dans l’aplatissement de la création, tout bêtement. Peu importe que la bande dessinée soit créative, après tout… tant que ça se vend et que je prends du plaisir à la lire… que j’arrive à trouver des rapprochements entre Tati et Trondheim… Oh ça c’est beau, c’est esthétique. C’est bien fait hein. Trop fort Blain, mais comment il fait? Ben il fait comme tout le monde, il fait des cases qui s’enchainent dans une stricte dynamique narrative, ça n’a rien de formellement supérieur à Lucky Luke (enfin certains). En tout cas tu n’es pas dans l’analyse critique de la bande dessinée comme création.

        Je ne pense pas qu’on puisse fonder une hiérarchie critique autrement que comme ça : caractéristiques de la bande dessinée, ceux qui inventent et ceux qui reproduisent des formes POUR la bande dessinée. Tout le reste ce n’est pas de l’analyse de la bande dessinée, c’est de l’analyse d’autre chose. Ca peut-être intéressant d’analyser autre chose que la bande dessinée dans la bande dessinée, mais sans perdre de vue que c’est par l’invention formelle qu’une hiérarchie entre auteurs de bande dessinée peut se fonder. Et sinon sur quoi d’autre?

        >ah, et un dernier mot sur la « légitimation culturelle » de la bande dessinée. cette légitimation est un prérequis à mon travail, ce n’est pas son but.

        Ah bon? Alors trouve un autre travail, honnêtement… Tu perds ton temps.

        • Docteur C

          Oups c’est moi le dernier inconnu.

  • Docteur C

    Blain est en dessous de Morris & Goscinny (par le pied tendre, par le juge etc.) Morris & Goscinny sont en dessous de Kurtzman (le livre de la jungle et d’autres bd un peu introuvables) du fait de l’inventivité folle de Kurtzman dans le référentiel et les articulations.

    Franquin est en dessous de Kurtzman – attention là je prends un risque – même par Gaston Lagaffe – ne parlons pas de Spirou là c’est vraiment dans le détail qu’on prend son pied – s’il y a pas mal d’inventions – signatures, etc. – c’est quand même toujours très formaté comme BD (planche, demi-planche, et souvent les mêmes ficelles d’articulation). Même les idées noires… Ca n’empêche ni l’humour ni le génie du dessin, je parle juste des articulations.

    Trondheim est au dessus par ALIEEN notamment. Cette bande dessinée-là est d’une richesse époustouflante.

    Barbier est très important par la métamorphose sur deux cases, très rythmée, (Lettres au maire de V.) à l’aquarelle. Déjà le dessin est énorme, mais il est vraiment le seul à creuser cette voie-là. D’où invention formelle, rien d’autre à dire.

    Et Herriman, je ne connais pas grand-chose d’autre de meilleur. Pour les sunday pages de Krazy Kat, ça change tout le temps, par rajouts et retranchements. D’une année sur l’autre, les planches sont construites complètement différemment, avec des articulation métamorphosées, constamment métamorphosées (découpage, trait, décor, enchainements, cases, etc.). Et ça date des années 1930-1940… Chris Ware se serait long à détailler, question de temporalité surtout…

    Là on est dans le pinaillage hiérarchique… Et puis pour bien comprendre il faudrait opérer une analyse plus fouillée.

    David Turgeon fait ce qu’il peut, et d’ailleurs vous devriez lire ce qu’il fait comme auteur de bande dessinée, ce n’est pas mauvais du tout, c’est même plutôt bon (surtout les récits longs). Il ne s’est jamais agit pour moi d’attaquer ad hominem mais d’essayer de discuter entre gens ayant un même intérêt pour voir ce qu’on peut faire analytiquement autour de la bande dessinée, sans tomber dans certaines ornières critiques (la fanitude en est une, pas la seule). Pas d’hostilité de ma part.

    • Xavier Guilbert

      Euh, en ce qui me concerne, cette idée de vouloir faire une hiérarchie me semble d’une part inutile, d’autre part sans intérêt. Machin est meilleur que Truc? Sur quel critère? Suivant quelle mesure?

      J’ai l’impression que ce genre d’approche vise plus à affirmer la légitimité dominante de la personne qui énonce cette hiérarchie, en cherchant à faire valoir un plus-disant culturel, qu’à apporter quoi que ce soit d’intéressant à la conversation.
      Parce que quand bien même cette hiérarchie serait pertinente, qu’est-ce que cela voudrait dire? Qu’il faut s’interdire de se pencher sur Trondheim, sous pretexte qu’il est moins bien classé que Fraquin ou Herriman?

      Sous pretexte de vouloir élever le débat, ces dernières contributions me semblent plus chercher à museler l’autre qu’à vouloir vraiment discuter et apporter quelque chose. Le tout, avec le courage que donne (au mieux) le pseudonyme. Ah, pour sûr, ça force le respect.

      • 2goldfish

        Marrant, tiens.. Quand je lis « l’autre bande desinée » en haut des pages, juste à côté du nom du site, je ne dois donc y lire aucun jugement hiérarchique ? Il y a Lanfeust d’un côté, et tout ce qui peut se trouver de « l’autre » côté et dont on parle ici mais aucune hiérarchisation des deux ? Ce n’est pas l’impression que la lecture de Du9 m’a donné depuis les quelques années que je vous suis…

        • Xavier Guilbert

          Tout d’abord, cet «autre» ne s’est jamais construit «contre» quelque chose, mais plutôt «à côté». Depuis les premiers pas de du9, il s’agissait de donner la parole à cette «autre» bande dessinée, qui n’avait alors (en 1995) pas voix au chapitre. Il s’agissait aussi de parler «autrement» de bande dessinée, et c’est une ambition que nous cultivons aujourd’hui encore.

          Ensuite, du9 est une aventure collective qui cultive les voix personnelles en son sein. Il n’y a pas de ligne éditoriale du parti, de choses qu’il ne faut pas dire, d’auteurs à encenser et d’autres à descendre en flammes. Les réactions à ce texte (de David) le montrent très bien, puisque l’on y retrouve Gabriel, Jeanine et moi-même, qui faisons valoir des avis différents, complémentaires, alternatifs. Donc quand je m’exprime ici (et ailleurs), je le fais en mon nom propre.

          Ceci étant, je persiste à dire que je trouve l’idée d’une hiérarchie, telle que la décrit Docteur C. — à savoir, classant les auteurs suivant le mérite de leur travail, avec un aplomb scientifique pour ce qui n’est, en réalité, qu’affaire de goût et de sensibilité, l’idée d’une telle hiérarchie me semble absurde. Surtout quand elle s’accompagne, comme depuis la première intervention du Docteur C., de l’idée que cette hiérarchie devrait décider de ce qui peut être dit, considéré, comparé, analysé.
          Ma perception de ses réactions, ce n’est pas tant qu’il trouve peu pertinents les parallèles avec certains réalisateurs de cinéma, mais qu’il rejette en bloc le simple fait que l’on ose même faire ces parallèles — entre des réalisteurs, véritables artistes, et des auteurs de bande dessinée comme Trondheim, tâcherons besognieux.

          Y-a-t’il cette idée de hiérarchie sur du9? Je ne le crois pas. C’est pourtant le genre de remarque qu’on nous fait souvent (du genre, «vous êtes prompts à casser du sucre sur Soleil»), mais il me serait bien difficile de trouver un article sur le site qui illustre cela. Je ne me cache pas d’avoir une certaine sympathie pour les «indépendants», mais ce n’est pas pour autant que je me sens obligé d’attaquer les gros à tout bout de champ.
          Par contre, oui, je pense que du9 fait preuve d’une certaine exigence. Mais encore une fois, cette exigence est renouvelée pour chaque livre, chaque découverte, chaque éditeur. Et avec l’idée revendiquée que toutes ces relations à l’œuvre sont du domaine du subjectif — l’idée de noter les livres (comme on peut le voir ailleurs) est pour nous absurde.

          Donc voilà: pas de jugement hiérarchique, mais de l’exigence. Pas de jugement, mais l’expression de nos goûts et sensibilités. Entre la production industrielle et la bande dessinée d’auteur, ce n’est pas pour nous une question de savoir si l’une est meilleure que l’autre — il y a plus simplement une qui nous intéresse, et l’autre pas.
          Et depuis bientôt douze ans, nous préférons plutôt parler de celle qui nous fait vibrer, qui nous passionne et nous enthousiasme.

          • Docteur C

            Ceci étant, je persiste à dire que je trouve l’idée d’une hiérarchie, telle que la décrit Docteur C. — à savoir, classant les auteurs suivant le mérite de leur travail, avec un aplomb scientifique pour ce qui n’est, en réalité, qu’affaire de goût et de sensibilité, l’idée d’une telle hiérarchie me semble absurde. Surtout quand elle s’accompagne, comme depuis la première intervention du Docteur C., de l’idée que cette hiérarchie devrait décider de ce qui peut être dit, considéré, comparé, analysé.
            Ma perception de ses réactions, ce n’est pas tant qu’il trouve peu pertinents les parallèles avec certains réalisateurs de cinéma, mais qu’il rejette en bloc le simple fait que l’on ose même faire ces parallèles — entre des réalisteurs, véritables artistes, et des auteurs de bande dessinée comme Trondheim, tâcherons besognieux
            .

            Je n’ai jamais écrit ça. Hiérarchie singulière du critique, fondée sur la création formelle qu’il repère dans son analyse des oeuvres qu’il rencontre (échelle à la mobilité infinie et qui peut porter sur n’importe quelle bande dessinée). Analogie avec d’autres créateurs dans la bande dessinéee ou dans d’autres domaines par l’influence ou le procédé formel similaire (formel au sens large: le parallèle entre Moore et Burton dans « Sur la piste du maître » tient parce qu’il y a repérage d’un procédé formel du disciple et du maître, même s’il est un peu lâche). La « sensibilité » du critique, et ses « goûts », ça ne veut rien dire. L’émotion est la chose la moins partagée du monde. Et la bande dessinée devient « autre » en changeant d’esthétique et plus généralement de « forme ». Si on veut valoriser la bande dessinée de création (d’art), je considère que la meilleure tactique est de repérer par l’analyse là où il y a de création formelle. Et c’est du jugement, mais un jugement qui ne légifère pas par en-dessous, et qui peut manifester sa précarité.

            Critiquez ces propositions, mais cessez de caricaturer abusivement mes énoncés.

            Mettre Trondheim au dessus de Morris & Goscinny et de Franquin dans ma hiérarchie personnelle, ça doit être le traiter de tâcheron besogneux, au moins, voir pire…

          • 2goldfish

            Je ne voulais pas vous attaquer, inutile de vous mettre sur la défensive, je viens en paix.
            (je sais que je peux avoir l’air de venir à l’appui de mon ami le Docteur C pour un assaut ou je ne sais quoi mais je suis certain qu’on devrait pouvoir discuter sans trop s’énerver, personne ne veut de mal à personne ici)

            Cela dit, et je pense qu’on pourrait en discuter éternellement aussi si vous ne me répondez pas, c’est aussi bien, je crois pour ma part que prétendre ne faire aucune hiérarchisation en tant que critique, c’est se mentir. Vous parlez d’une exigence sans jugement. Pourtant l’exigence, ça sous entend qu’il y a des critères et à un moment, il faut bien « juger » l’oeuvre par rapport à ces critères, sinon il n’y a pas exigence.

            Bien sûr faire un classement Untel > Trondheim > X c’est pousser la logique jusqu’à un certain degré d’absurde. Le travail du critique n’est pas de faire des « tops » et il n’a pas besoin de formuler sa hierarchie comme ça mais il y a bien un moment où il doit choisir entre s’intéresser à Matti Hagelberg plus ou moins qu’à Etienne Davodeau et il ferait bien de trouver des raisons à son choix au delà de « l’un me touche plus que l’autre ». On ne va pas bien loin juste avec sa « sensibilité ».
            (J’imagine que la « hiérachie » critique, si elle devait être présentée justement, ressemblerait à une équation trop complexe pour le mauvais matheux que je suis, elle devrait être représentée sur un graphique à trop de dimensions pour nos deux yeux.)

            Bref, vous me direz qu’on peut choisir sans juger, je vous répondrais que « oui et non, enfin il faudrait nuancer parce que…  » et vous me diriez « mais »… restons en là, ça vaut mieux.

          • david turgeon

            il y a bien un moment où il doit choisir entre s’intéresser à Matti Hagelberg plus ou moins qu’à Etienne Davodeau et il ferait bien de trouver des raisons à son choix au delà de « l’un me touche plus que l’autre ». On ne va pas bien loin juste avec sa « sensibilité ».

            s’il y a un moment où on «doit» choisir entre un auteur et un autre, c’est qu’à un autre moment ce choix sera peut-être différent… si tu veux, je t’écris deux chroniques, l’une disant qu’il faut lire davodeau, l’autre hagelberg, sans que l’une soit plus ou moins honnête que l’autre. il s’agit quand même de deux auteurs qui ont chacun une approche originale et articulée par rapport à leur travail. en l’occurence ils s’exposent tous deux à un travail critique pertinent, qui n’a, au fait, rien à voir avec le fait que l’un me toucherait plus que l’autre.

            ton exemple est assez intéressant parce que je ne préfère pas vraiment l’un à l’autre (d’ailleurs, ils sont si différents que je ne vois pas trop sur quelle base on pourrait les comparer), et si j’ai plus de sympathie pour hagelberg, c’est à cause d’un parcours éditorial plus exigeant. et s’il faut défendre hagelberg pour cette exigeance bien particulière, c’est bien la preuve que ce que tu appelles de tes voeux c’est une critique militante… rien de mal là-dedans mais appelons-la avec les mots qui la désignent. (je pourrais d’ailleurs relever que l’engagement «social» de davodeau, absent chez hagelberg pour ce que j’en sais, peut tout autant donner matière, mais pour des raisons différentes, à un genre de militantisme en sa faveur. en auquel cas on est doublement embêtés.)

            je ne sais pas jusqu’où on va «juste avec sa « sensibilité »» mais ce dont je suis certain, c’est qu’on ne va pas plus loin juste avec des hiérarchies. voici comment je vois la situation: ou bien je dis que ma hiérarchie ne concerne que moi, en auquel cas elle est à toute fins pratiques indissociable de l’expression d’une «sensibilité» personnelle; ou bien je veux imposer cette hiérarchie aux autres, ce qui équivaut, au pire à débattre du sexe des anges (bref, à discuter de choses inconnaissables), au mieux à tenter de dégager une sorte de «consensus» esthétique (du genre: «chacun s’entend pour dire» ou «il est juste d’affirmer» qu’untel est «un très grand», qu’il est «le maître» de telle technique ou tel genre, pour s’en tenir aux jugements positifs), consensus qui ne pourra jamais prétendre à constituer le dernier mot sur quelque sujet que ce soit mais qui, effectivement, fournit une base à la discussion (alors que la «sensibilité» seule ne fournit pas vraiment cette base).

            la critique est fondamentalement un discours de persuasion, mais cette persuasion peut prendre les formes les plus diverses, y compris celle, modeste, qui ne prétend pas forcer qui que ce soit à adhérer à ses opinions (cette modestie est souvent fort efficace lorsqu’il s’agit de convaincre que ladite opinion est la plus juste ou, mieux, qu’elle va de soi…). autant dire qu’il n’y a pas de critique honnête… mais je digresse un peu.

            pour revenir à la question de la «sensibilité», celle-ci se retrouve rarement à l’état brut (du moins dans un travail critique minimalement pertinent) mais de un, elle est nécessaire à ce que le texte ne soit pas trop aride, et de deux, rien n’oblige le critique à exposer les édifices qu’il bâtit pour organiser, justifier, expliquer cette «sensibilité»; ces édifices sont parfois comme le «crayonné» du critique, à effacer après usage…

            que la critique baigne dans le «relativisme» est peut-être triste mais je ne vois pas en quoi la situation pourrait être différente. si l’on souhaite imposer des hiérarchies de manière pleinement justifiée et autoritative, alors il faut faire de la science, donc il faut s’intéresser aux aspects purement physiques du livre (son poids, ses dimensions, les caractéristiques de son papier, etc.), aux chiffres de vente, aux statistiques de tout ordre, et à la rigueur aux réactions psychologiques des gens à leur endroit. en disant ceci je m’expose à l’accusation de sarcasme mais c’est tout le contraire, tout ce que je dis ici relève de questions d’épistémologie bien légitimes et exposées ici sans l’ombre d’une arrière-pensée…

            d’ailleurs, du9 fait parfois ce genre d’articles basés strictement sur des données empiriques, par exemple les «numérologies» de xavier. sans compter qu’il y a tout un champ d’études de la poétique qui s’inscrit dans cet a priori objectif, je pense à l’anatomie de la critique de frye (étude généraliste) ou à seuils de gérard genette (recensement et classification d’une catégorie précise de textes). moi-même j’ai déjà commis une étude sur le remontage des planches chez franquin. (quant à savoir jusqu’à quel point ce champ d’étude est «scientifique», c’est un tout autre débat.)

            ce message est long mais je voulais couvrir plusieurs aspects d’un débat qu’il faut voir, je crois, d’une manière la plus globale possible.

          • 2goldfish

            En fait, je dois m’excuser, j’ai écrit mon commentaire précédent à deux heures du matin et quand j’écrivais « Davodeau », je pensais à l’autre, là, celui qui est mauvais et dont le nom m’échappe toujours. Non pas que je place Davodeau bien haut dans « ma hiérarchie » mais l’autre en tout cas est assurément tout en bas.

          • pour le coup j’ai l’impression d’avoir écrit un gros paquet de longues phrases pour rien. 🙂 dommage, c’était quand même une question intéressante même si ce n’était pas «la bonne».

    • Jeanine Floréani

      C’est marrant. La hiérarchisation, comme point de vue critique. Dans le temps, ça ne vieillit pas toujours très bien. L’histoire littéraire est bourrée de vieilles gloires dont personne n’à que faire, voire même plus connaissance, aujourd’hui. Et combien de mal-aimés sont réhabilités par le temps. Donc hiérarchiser in situ, ce n’est pas inutile, c’est vrai. Mais de là à en faire la panacée critique, faut tout de même pas exagérer.

      Ensuite, pour Docteur C. Je ne préjuge pas des ambitions de David. Mais une démarche critique comparatiste n’a quasiment jamais pour but l’évaluation d’une valeur artistique. Que vous trouviez que les comparés n’aient pas été choisi avec pertinence, c’est intéressant. Mais que cette pertinence se mesure uniquement par un déséquilibre d’une quelconque grandeur, je trouve que cela ouvre à débat. Des objets de valeurs très inégales peuvent être mieux définis, l’un comme l’autre, par ce procédé de recherche par juxtaposition. Et celui qui s’intéresse à comprendre, pas à évaluer, a je crois le droit au titre de critique.

      Enfin, inconnu. Vos remarques, avec la même vindicte et la même hauteur, je les ai déjà lues. Elles émanaient d’une vieille garde qui se payait une bonne tranche de mépris et attaquait Truffaut. Le pauvre, il osait dire que Hitchcock était un cinéaste important, pauvre jeunot d’à peine 20 ans qui ne panait rien au vrai cinéma. Alors, attention, je préfère devancer les divagations éristiques dont je vous sais capable. Je ne dis pas que Trondheim vaut Hitchcock, ni que quiconque chez DU9 ne soit la réincarnation de Truffaut. Je dis juste que votre discours est vieux comme le monde et que l’histoire démontre qu’il ne faut pas en avoir peur, bien au contraire.

  • Appollo

    Mais non, Docteur C, vous écrivez n’importe quoi. Le formalisme d’Herriman, aussi génial soit-il, n’est pas le seul horizon de la bande dessinée. Ca n’a pas de sens, ça serait lui appliquer une sorte de fuite en avant plasticienne qui s’appuierait sur des idées un peu étonanntes (et paradoxalement dépassées) comme celles qui ont été en vogue pour la « peinture ». La case, la planche, le gauffrier sont des éléments de la forme, ce ne sont pas les seuls, et surtout ne résument pas l’inventivité de la bd.
    Je ne sais pas moi : comment écrire « La Chartreuse de Parme » ou « Madame Bovary » après Diderot et Sterne ? Ils n’ont pas compris que la forme classique du roman n’avait plus cours ? Ils n’ont pas compris qu’ils n’inventaient rien, formellement ? Stendhal et Flaubert, deux aimables divertisseurs !
    Breton écrivait quelque chose comme ça dans « Nadja », à part que c’était dans le cadre d’une oeuvre-manifeste, et qu’il n’a pas su donner suite (du point de vue romanesque). Robbe-Grillet aussi, mais ah ah, on a vu le résultat.
    Bref, cette idée du formalisme de la planche comme axe unique de la créativité, c’est juste un peu ridicule. D’autant que formellement, Trondheim, de Lapinot et les carottes jusqu’à Mister O, s’est toujours renouvelé. Ah ben oui, ça ne ressemble pas à du Ware, mais voilà, on devrait être capable à la fois de comprendre ce qu’apporte Ware, et l’importance de Clowes, par exemple (qui pourtant, lui aussi,ne « crée aucune forme pure »). Les oeillères critiques, elles sont là.
    (et c’est quoi cette idée comme quoi on ne devrait pas être fan ? Qu’est-ce que c’est que cette idée de merde ? Bien sûr que si, on peut être fan, sauf à se la jouer structuraliste ou entomologiste et à, indifférement, analyser Proust et les romans à l’eau de rose.)

    • Docteur C

      Voilà, c’est ça, j’écris n’importe quoi, vous me répondez n’importe quoi, et on écrit n’importe quoi. Lisez Bouveresse ou Meschonnic plutôt que de me renvoyer à des courants structuralistes que vous fantasmez à peu près autant que l’analyse critique comme haine du fan – pauvre fan apeuré par tous ces mots compliqués. Je n’ai pas parlé de formalisme, mais de création par une forme.

      Et en matière d’analyse structurelle totalement asséchée, quoiqu’un peu amoureuse, il suffit de scroller vers le haut. Pour le coup on est dans l’analyse formaliste, même si pas sémiotique.

      Je ne décrète pas qu’il ne faut pas être fan. J’écris qu’on ne peut pas être fan pour faire de l’analyse critique, c’est pas pareil. Différent.

      Bonsoir

      PS: pour Xavier Guibert. Je n’ai pas tenu parole mais je tenais à répondre à cette invective là. Avoir une « idée de merde » n’est pas à la portée du premier venue.

      • Appollo

        « Je ne décrète pas qu’il ne faut pas être fan. J’écris qu’on ne peut pas être fan pour faire de l’analyse critique, c’est pas pareil. Différent. »

        Vous voulez dire comme Hugo, Proust, Sartre, Zweig, par exemple ?

        • Docteur C

          Voilà. Hugo était fan. Il allait au festival, se faisait dédicacer l’album, achetait les tirages de tête, suivait son auteur préféré dans toutes ses mutations et écrivait des panégyriques très puérils sur la forme idéale de la littérature: c’est-à-dire le classicisme.

          Proust était fan: il ne faisait pas d’analyse critique de ses auteurs préférés. Il ne comparait pas, ne cherchait pas le plus créatif, ne cherchait pas celui qui opérait le travail le plus inventif sur la forme littéraire. C’est vrai que Proust était très mondain aussi: il ne pouvait pas se permettre de critiquer de loin, vu qu’on ne l’inviterait plus aux soirées. »Contre Sainte-Beuve » c’est de la fanitude top shelf, c’est certain.

          etc.

          • Appollo

            Ah. Je n’avais pas compris que vous accusiez David T d’être un « vrai » fan (au sens des midinettes de la star ac’), je pensais assez bêtement qu’il s’agissait d’une sorte d’exagération. Bon, hé bien, du coup, c’est une bête attaque perso, et je n’ai rien à en dire. Vous avez raison, le « vrai » fan ne peut pas être critique.

          • Docteur C

            Le décollage a été long mais la mission est réussie: on a marché sur la lune!

            Le tout est de garder son sens de la dérision; il y a encore beaucoup de dérisoire à arpenter…

  • Jeanine Floreani

    Ah ben non alors, on peux ne pas se prendre au sérieux et créer des grandes choses.
    Quant au dessin de Trondheim incapable d’émotion, moi je demande : D’après vous quel est le but de sa recherche esthétique dans ces carnets de l’Association ? Et que marque l’apparition de l’aquarelle dans les petits riens?

    Voyez-vous, Lewis Trondheim a une carrière qui m’évoque celle de Woody Allen, avec 1)une recherche constante et ludique de formes. 2) Un univers qui tourne pour beaucoup autour de soi. Très vite, ce soi s’est transformé en avatar plus ou moins romanesque et figé, avec ses petites angoisses et ses ressorts comiques. Puis cet avatar s’est décliné sous diverses formes (Que Lewis soit en partie Lapinot me semble tout aussi banal à dire que Kenneth Branagh soit Woody dans Celébrity (Celui de Woody pas de Trondheim…)) et dans diverses œuvres sans liens apparents.Ils ont beaucoup passé leur temps à plonger leur univers dans des formes codifiées (par exemple récit de genre comme le western, la comédie musicale, le polar) ou esthétiques pour voir comment cela influait sur leur univers. Et chez eux le renouvellement artistique passe forcément par la forme, entraînant un même univers éternel.

    D’ailleurs, c’est dingue de voir comment, en ce moment, leur création se rejoignent. Ils semblent tous les deux en recherche d’une émotion esthétique. Woody allen rejoue ses classiques en les plongeant dans la lumière blanche de Londres. Il ne filme plus comme il filmait à New York et s’en réjouit. De même que sa structure dramatique repose, depuis son arrivée à Londres, totalement sur la très forte beauté d’acteurs.

    Il me semble que tous deux travaillent, en ce moment, sur une expression qui favorise la naissance de l’émotion. Et une émotion qui serait portée par une beauté plastique. Allez, encore une analogie qui vaut ce qu’elle vaut, qui permettra à ceux qui le désirent de se ruer les brancards.

    • Docteur Mabuse

      Attendez, Jeanine, j’en ai une meilleure!

      Les petits riens c’est un peu comme le passage de Fritz Lang à la couleur pour le récit d’aventure grand public dans son dyptique « Tigre du bengale »! Eh oui, comme Fritz Lang refait son film plus ou moins raté de longues années après en utilisant les ressorts de la couleur pour l’émotion, et sa science du film grand public acquise aux Etats-Unis, Trondheim refait les aventures de l’univers – qui n’était pas colorisé par ses soins – en utilisant les ressorts de l’aquarelle et les procédés formels qu’il a acquis entre temps pour mieux toucher le lecteur/spectateur.

      Les petits riens tome 2, c’est un peu comme le « tombeau hindou » donc. Vivement « Les milliers d’yeux du Docteur Mabuse » version Trondheim! Et ne me dites pas que Fritz Lang ce n’est pas autobiographique, attention! Tous ses films rejouent plus ou moins la question de l’assassinat de sa femme par Fritz Lang, et de l’enquête très traumatisante qui s’en est suivi pour lui. « M » ou « House by the river » en sont les exemples les plus flagrants.

      On s’amuse bien sur ce site quand même. Mais n’essayez pas avec Bergman, par pitié pour Trondheim.

      • Jeanine Floreani

        Sacré Docteur C, toujours aussi méprisant, quel que soit votre alias. Un simple « votre comparaison me parait galvaudée » aurait suffit. Et on aurait pu en débattre. Car votre comparaison de Fritz Lang, je la botte en touche. Ne serait ce que parce que Lang ne s’essaie pas à la technique, il la subit. Et que son oeuvre, comme vous l’avez soulignée, s’articule autour d’un motif central, dont sont fort démunies celles de Trondheim et de Allen, brodant leur expérience sur de l’anecdotique, tout du moins du trivial, et un avatar le plus souvent vide. Bref, de toutes les manières, il s’agissait pour vous d’être supérieur, bête, et méchant. Ce que je crois vous avez parfaitement réussi.

        J’ajouterais qu’il est utile de ne pas convoquer « autobiographique » à toute les sauces, surtout lorsque moi, je prends la précaution de ne pas en parler. Cela vous évitera de broder des âneries en déformant mes arguments. Vous aviez jusqu’à présent évitez la dialectique éristique, ce serait dommage d’y sombrer maintenant.

        Quant à Bergman, je l’essaierai bien à Blutch, juste pour voir si leurs préoccupations des relations de couples, ces figures métaphysiques, se retrouvent à quelques endroits.

        En espérant que lorsqu’il s’agit de ruer dans les brancard, vous aurez la prochaine fois plus de grâce que le boeuf, et plus de déontologie que troll multi visages(raffaello-vrai inconnu) du moment.

        • Docteur C

          Si j’avais écrit: « votre comparaison m’apparait incertaine pour telle et telle raisons », vous auriez argumenter pour m’expliquer en quoi elle était malgré tout valide. Or le problème n’est pas tellement là, mais toujours sur le risque de l’analogie qui n’est appuyée sur aucune influence, ni aucun parallélisme formel avéré. Je l’ai dit assez fort plus haut, ici nous ne sommes que dans l’illustration du propos, pas dans l’éréthisme, merci.

          Ensuite, vous auriez plutôt dû me reprocher l’incohérence suivante: en réalité le Tigre du bengale n’a été tourné qu’une fois par Fritz Lang, les précédentes versions n’étant pas de lui (j’ai vérifié: d’autres réalisateurs ce sont chargés de ce script qu’il convoitait).

          Je ne pense pas qu’en 1958, à son retour en Allemagne, il n’ait fait que subir la technique. Il l’a subi aux Etats-Unis, j’en serais d’accord avec vous. En Allemagne, si mes souvenirs sont bons, il a toujours incité ses techniciens à être créatif pour obtenir ce qu’il attendait, en recherchant toujours des techniques inédites pour ses films (Metropolis film le plus cher du cinéma). Mais il se plaignait de son équipe sur ce tournage-là. C’est un débat intéressant, néanmoins.

          Et merci pour l’influence de Bergman sur Blutch. Voilà du fécond, de l’analyse qui m’apparait enfin dissipée des analogies trop risquées, imprécises. Oui, Blutch, très influencé par le cinéma, manifeste cette influence-là parmi d’autres. Vous tenez là une piste sur la métaphysique bergmanienne à rechercher chez Blutch. Une respiration. La bande dessinée peut tirer beaucoup de certains procédés formels du cinéma, de la littérature, et même peut-être de la musique. Pour l’analyse, il serait intéressant de voir comment certains transposent les procédés.

          Allez je vais vous laisser tranquille, c’est la fin de semaine…

          • Nikita

            Qui est ce clown ?

  • guillaume

    Bonjour
    Ne faudrait-il pas rajouter à votre corpus défini au premier paragraphe la série des monstrueux, qui, bien cachée dans la partie « jeunesse » de l’oeuvre, pourrait bien constituer le lien entre les aventures de l’univers et les carnets de bord, pour ce qui est de la continuité chronologique.
    A creuser peut-être du côté de la représentation des personnages et de leur nom, du monstre jean christophe… Et puis, on parle beaucoup de dessin dans ces livres si je ne me trompe pas (je ne les ai pas tous lus)
    A suivre

    • david turgeon

      monstrueux n’est pas autobiographique malgré la présence de la petite famille trondheim qui joue plutôt le rôle d’acteurs (il s’agit d’une sorte d’«autofiction»).

      dans un article pas encore paru (mais qui fait suite à celui-ci), j’aborde certaines occurences pseudo-autobiographiques (ou «autofictives») disséminées dans le reste de l’oeuvre de trondheim, dont, justement, monstrueux. il ne me semblait pas utile de les insérer dans un corpus autobiographique au sens strict. en tout cas pas pour le moment. mais ça va venir. 🙂

      • Anonyme

        Oui, c’est bien ainsi que je l’entendais. Ce n’est bien sûr pas autobiographique, mais il me semblait frappant (du coup je viens de vérifier les dates) que cette série vient combler la période « sans autobiographie ». D’ailleurs, ce qui l’exclut du corpus autobiographique, c’est surtout que ce sont les enfants les narrateurs.
        Pour le reste, j’aurais tendance à tout classer du côté du pseudo-autobiographique (autoportrait, journal, etc)